J’ai souvent peine à comprendre la réception de tel ou tel texte, les avis et les réactions divergentes. Et lorsqu’il s’agit de littérature érotique me viennent des questions particulières.

La littérature érotique produit-elle fréquemment, parfois, pas du tout, de réaction physique, que nous résumerons dans les termes soigneusement choisis de « bander » ou de « mouiller » ? (Je vous laisse imaginer au besoin d’autres termes, d’autres réactions si vous le souhaitez.) Est-ce que chaque texte érotique est susceptible de produire une telle réaction chez au moins une personne ? Y a-t-il unanimement des textes érotiques qui produisent cet effet ? Si oui, quel est « l’ingrédient » qui fonctionnerait à coup sûr ? (Pour Esparbec, si on observe ses textes, il y a bien sûr la honte sans laquelle rien ne serait! Mais la honte peut-elle être considérée comme un ingrédient infaillible ?)

Prenons un exemple personnel. Un texte l (pour lambda). Le texte me fait éclater de rire. Texte à classer dans la littérature érotique sans aucun doute et pourtant je lui ajoute le but affiché d’amuser le lecteur. Aucune réaction physique autre que celle-là pour moi. Le texte l est écouté par monsieur, pour lequel j’ai l’habitude de faire la lecture à haute voix. Il ne rit pas. Pas d’autre réaction non plus. Quelqu’un d’autre lit le texte, l’effet physique est immédiat. Mais la personne ne semble pas rire.

Récemment, je me suis exercée à écrire un texte érotique. Ou plutôt à écrire un texte érotique qui puisse agir sur des mécanismes physiques, qui se donnerait comme texte masturbatoire. Je n’en ai pas l’habitude, impossible de savoir si j’étais capable de le faire. Apparemment j’y parviens, selon mes propres critères…. J’écris donc ce texte que je qualifie de pornographique. Les scènes de sexe s’enchaînent crescendo et je rigole tout en écrivant. Mais le texte m’excite aussi, et même beaucoup : mon mari en a fait les frais, je l’ai quasiment violé tous les jours où j’ai travaillé sur cette nouvelle. Seulement, ce texte n’a aucune prise sur mon mari. Pornographique, ce texte ? Mais non, pas du tout selon lui. Autrement dit, le pornographique est une construction personnelle plus qu’une construction du texte lui-même. Et je me demande encore quel texte serait susceptible de le faire bander, lui…