J’ai eu la surprise hier de recevoir un livre dans ma boîte aux lettres. Non pas que je n’en ai pas l’habitude, mais celui-ci, vraiment, je ne m’y attendais pas. Son titre : Dévoile-moi. Auteur : Sylvia Day « auteur californien traduit en neuf langues, elle a écrit une dizaine de romances ».  Romances. Est-ce que cela veut dire des romans ? On ne sait pas bien. Y a-t-il des romances sans romans ? La romance est-elle devenue un genre à part entière ?

Imaginez toutes les questions que l’on peut se poser lorsque l’on trouve un livre dans sa boîte aux lettres assorti de deux feuilles de papier : un communiqué et l’impression d’un classement des meilleures ventes de livres selon le New York Times, et, entouré d’un trait au stylo rouge, le premier des best sellers, je vous le donne dans le mille, le livre écrit par Sylvia Day.

Regardons d’abord, si vous le voulez bien, la couverture du livre : tout en haut, là où j’aurais mis le nom de l’auteur, nous trouvons « phénomène mondial ». De quoi éclater de rire. Ensuite le titre, Dévoile-moi. Puis « La trilogie Crossfire ». Les livres à succès doivent être servis en trois volumes, ce serait une bêtise de n’en faire qu’un. Toujours exploiter le filon. A gauche, on peut lire « Il me possède, il m’obsède ». Phrases que l’on retrouvera quasiment de manière identique sur le communiqué.

Ce qui me frappe, c’est l’image choisie pour représenter le livre. Dévoile-moi. Et des boutons de manchette. Une histoire d’obsession amoureuse et un objet si froid, métallique, un signe d’opulence, de classe, du bcbg moche (je trouve ces boutons très laids). Et tout ça sur un fond gris. Un univers masculin. Le gris, c’est le chic pour les hommes. Pensez au costume qui va avec les boutons-là. Du noir ? Non, il semblerait que monsieur sort d’un enterrement. Du bleu marine ? Il n’est pas premier communiant. Le gris bien sûr. Et je en vous parle pas de la matière. Le tissu choisi a son importance. Vous connaissez Franck Lepage ? Regardez Inculture(s) premier du nom. Le passage sur le costume, la couleur, la matière, quand on représente une instance culturelle est fendante. Imaginez le businessman du livre. Ben oui, il vaut mieux qu’il soit gris. On peut aussi se dire que c’est la mode du moment, que Cinquante nuances de gris est passé par là, qu’après la cravate on a les boutons de manchette, etc. Bref, passons au contenu du communiqué.

Je vous passe le n°1 devant une telle et tel bouquin. C’est un argument de vente ou de lecture apparemment de montrer qu’on s’est déjà bien vendu. Plus il y a de moutons à la mer, plus les autres suivent, c’est un comportement normal. Je m’arrête sur les phrases qui présentent le livre :

« Elle vient d’arriver à New York, il est businessman.
Elle est jeune, il est riche et sexy
Elle est séduisante, il la désire. »

Comme c’est beau, l’égalité, chacun a son bout de phrase, la virgule soutient les plateaux de la balance. D’un côté elle vient d’arriver, on devine l’ignorance de la fille, de l’autre côté, il est bien implanté là, vu qu’il y travaille (et pas dans un atelier de confection évidemment), elle est sans racine, il est la force de la stabilité. Elle est jeune, tant qu’à faire, autant accentuer le phénomène de méconnaissance en ajoutant une différence d’âge. Il est riche et sexy, autrement dit, car on sait qu’il y aura une histoire d’amour, ce qui est intéressant chez une femme c’est son inexpérience, chez un homme c’est son argent (mais il ne faudrait pas tout de même qu’il soit laid). Elle est séduisante, c’est une qualité intrinsèque, il la désire, c’est un mouvement vers, une volonté. Elle n’a rien à faire, elle est comme ça, c’est lui qui va la chopper.

Vient ensuite, dans une autre couleur :

« Ils se donnent rendez-vous. Et se revoient. Régulièrement. »

Bon, là, rien à dire. C’est haché, mais il y a un pluriel, ils semblent agir tous deux.

« Elle est marquée par son passé, il dissimule des secrets. »

Un passif pour elle, un verbe à la voie active pour lui. Elle est affectée, elle subit. Il cache quelque chose de manière délibérée. Deux façons de procéder face à un passé trouble et bien sûr c’est la femme qui se laisse submerger tandis que l’homme choisit.

« Une relation tumultueuse et sensuelle, faite de plaisir assumé et d’une grande liberté… »

Et là j’ai envie de rire parce que les personnages sont déjà tellement ciblés qu’on se demande de quelle liberté ils vont disposer.

Après cela, je ne sais pas comment on peut avoir envie de lire le roman.

Le livre paraît le 7 novembre et à voir le nombre de blogs qui en parle, les éd. J’ai lu ont dû semer des livres à pagaille pour qu’il y ait un foin médiatique.
Décidément, je n’ai pas envie de le lire.