Mes chers lecteurs,

C’est dimanche et l’idée me vient de vous parler d’amour. Pas de sexe donc aujourd’hui, ou plus tard, quand j’aurai écrit quelques lignes sur le dernier roman que j’ai lu. Donc l’amour, et pourquoi ça marche ou pas. Du moins, juste une petite réflexion, qui ne constitue pas une recette infaillible, ni surtout une recette unique.

Il y a quelques jours, mon mari passait dans la galerie marchande et saluait monsieur pizza. C’est comme ça qu’on l’appelle parce qu’on ignore son nom même si l’on échange souvent quelques mots avec lui. Donc mon mari a salué, ou peut-être même a commandé une pizza, et a engagé la conversation. Monsieur pizza demande ce que je fais comme boulot. Il me croyait chercheuse. Est-ce que j’ai une tête de chercheuse ? Je ne m’étais jamais posé la question jusqu’alors, j’ignore ce que l’on peut imaginer de moi. Mon mari répond non, elle travaille dans l’édition, c’est une littéraire, etc. Cela fait rire monsieur pizza, qui répond : alors de fait elle vote à gauche, toi à droite, ce doit être chaud à la maison. Je vous passe le stéréotype de la fille qui, littéraire, est nécessairement gauchiste. D’autant plus que monsieur pizza est tombé pile poil sur la situation de notre couple, et je ne vous dis pas comme ça chauffe en période pré-électorale. Mais passons. Ceci dit, si monsieur pizza me croyait chercheuse, c’était sans doute par rapport au travail de mon mari. Selon l’adage, qui se ressemble s’assemble. Or, construit-on réellement un couple en étant en adéquation parfaite avec le conjoint ? Ne serait-ce pas fade, tristounet, de vivre avec son égal en tout ? D’être toujours d’accord sur tout, de penser la même chose ?

Lorsque j’ai rencontré mon mari, nous avons dîné ensemble. Il m’a parlé de métallurgie, je lui ai parlé de paléographie médiévale. Nous avons bu tous les deux un café sans sucre. Autrement dit, si nous analysons le dîner : nous n’avions rien en commun apparemment, sauf une petite chose. On ne cimente pas un couple sur du café sans sucre, je vous rassure, tel n’est pas mon propos. Mais si l’on a quelques intérêts communs, si on partage certaines opinions, mais pas toutes, n’est-ce pas plus riche ? Au lieu de trouver en l’autre une constante approbation, il y a discussion, léger affrontement (pas trop quand même, il faut réussir à doser). Bref, on s’ennuie moins, non ?

Les sites de rencontres ne devraient-ils miser sur ce type d’approche ? Une adéquation, mais pas totale. Proposer des personnes « compatibles » tout en laissant des divergences. C’est d’ailleurs ce que fait un site comme Parship.fr, mettant en avant « un mélange idéal de points communs et de différences ». Ce n’est pas mal, comme principe, il me semble. L’intention est là, c’est déjà ça.

Globalement, c’est ce qu’on a fait, monsieur et moi. Évidemment, il faut trouver le bon dosage, trop de divergences car paf rien ne va, pas assez et paf on s’ennuie… Comme ça dure depuis plus de dix ans, c’est qu’on est à peu près dosé correctement l’un pour l’autre.