Il est rare que j’évoque la vie locale sur ce blog. Mais cette fois,  parce qu’il est question indirectement de sexualité, surtout de sexisme et de mépris des femmes, et que cela n’est pas le propre du campus grenoblois (le but de cette lettre est d’ailleurs d’avoir une portée plus large), parce que les paroles, les mots écrits ou prononcés à l’encontre des femmes sont considérés par beaucoup comme de l’humour, qu’une femme qui dénonce ces propos discriminants est considérée comme une rabat-joie, une féministe coincée, une hystérique qui n’a aucun sens de l’humour, alors qu’on peut prendre au sérieux cette dénonciation et s’efforcer d’expliquer, de réfléchir, de faire prendre conscience du problème, (ça y est, ma phrase se termine !)  je transmets une lettre rédigée par Osez le féminisme.

La voici :

 

Madame la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,

Madame la Ministre du Droit des Femmes,

Connaissant votre combat pour l’égalité et la défense du droit des femmes, nous vous interpellons suite au positionnement de l’Université de Grenoble concernant le sexisme à la faculté.

Un bal d’étudiants utilisant une communication sexiste

Le 8 mars dernier (journée internationale de lutte pour le droit des femmes), l’Association des Étudiants en Médecine de Grenoble (AEMG) a organisé une soirée intitulée « Ravalement de faciale » avec un descriptif mis en ligne sur Facebook. L’affiche de mauvais goût faisait un parallèle douteux avec une éjaculation faciale et le texte qui l’accompagnait appelait clairement les étudiants hommes à la domination sexuelle. D’ailleurs l’un des commentaires faisait sans honte l’apologie du viol. Sous couvert d’humour les pires clichés sexistes sont véhiculés par de futurs médecins censés prendre soin des personnes violentées.

Cela est réellement honteux et malsain.

Suite à l’émoi et à la mobilisation large menée par des associations, des syndicats et des partis politiques, les organisateurs et organisatrices de la soirée l’ont fait annuler.

Une première prise de conscience

Nous sommes satisfait-e-s de cette réaction. Celle-ci montre que la mobilisation a amené une forme de prise de conscience de la gravité des faits par les organisateurs. Certain-e-s d’entre-eux ont reconnu qu’ils n’avaient tout simplement pas conscience de l’aspect insultant et violent que revêtaitcet événement. Ils/Elles ont présenté leurs excuses pour les personnes qui se sont senties insultées.

Les dirigeant-e-s de l’université Joseph Fourier ont pris ce problème au sérieux puisque nous avons rapidement été contacté-e-s et reçu-e-s par le Doyen de la faculté de médecine et par le président de l’université pour discuter de ces questions.

Le chemin à parcourir est encore long

Si certains étudiants qui souhaitaient se rendre à la soirée ont reconnu que notre courroux pouvait « éventuellement » être justifié, l’annulation de la soirée leur paraissait excessive. Ils tentent d’inverser la culpabilité et se disent victimes de notre mobilisation qui les empêcherait de s’amuser.

Évidemment les responsables de l’association organisatrice, ayant engagée des charges financières pour cette soirée, se déclarent choqués par leurs pertes financières et estiment que la violence des propos qu’ils ont exposé publiquement ne méritaient pas une vive réaction médiatique. Nous rappelons que dans de très nombreux pays ils auraient été renvoyés de leur université !

Le campus de Grenoble est reconnu internationalement, et le laisser-faire face à ces pratiques nuit à son image : cette soit-disant « tradition française » du sexisme dans le milieu étudiant doit cesser !

Ce n’est pas la première fois qu’une association étudiante choisit un thème de soirée sexiste, mais c’était sans doute la première fois que celui-ci s’exprimait aussi violemment. Jusqu’ici, les clichés sexistes que véhiculaient ces soirées étaient souvent dénoncées par des féministes et/ou des syndicats étudiants, en général sans succès. Et oui, il n’y a pas de mal à rire sur le dos des femmes…

Et finalement, nous sommes passés du simple cliché sexiste à la banalisation des violences sexuelles faites aux femmes. Or le combat pour l’égalité ne peut se passer du combat contre cette banalisation verbale et le sexisme ordinaire qui enferme culturellement les femmes dans un système de domination.

Mesures mises en place

Suite à une rencontre avec le président de l’université Joseph Fourier, des syndicats d’étudiants, les responsables de l’AEMG et des associations féministes, plusieurs mesures ont été adopté.

Lorsque le bureau des associations étudiantes sera réélu, une charte devra être signée où il sera clairement inscrit que tout événements à caractère sexiste entraînera des suppressions de subvention ou de prêt de locaux.

De plus, les personnes membres du bureau devront assister à des formations ou à des temps deréflexion concernant le sexisme mais également toutes formes de discrimination (racisme,homophobie, lesbophobie, etc.)

Élargir cette initiative

Grâce aux associations féministes grenobloises, ce bilan très positif nous pousse à appuyer cette initiative au-delà des universités grenobloises. Ces mesures sont simples à mettre en place dans toutes les facultés de France et seraient une avancée en terme d’égalité femmes-hommes auprès de la population étudiante.

C’est pourquoi nous espérons que toute votre attention sera retenue et que notre requête sera entendue.

La plateforme Droit des femmes de l’Isère : ATTAC 38, CAC 38, CATDM, Cercle Laïque, CGT 38, CGT Ville et CCAS de Grenoble, CIIP, Femmes égalité, FSU, Front de Gauche : GU, PAG38, PG, PCF, PCOF, Gauche Unitaire, Les Alternatifs, LIFPL, LDH Grenoble, LDH Iran, Maison des Femmes (l’Ere Nouvelle), MJS 38, MRC 38, Osez le féminisme 38, Planning Familial 38, NPA, UNEF…