Dans ma vie de tous les jours, je ne m’occupe pas d’un concours d’illustration sur une « scène coquine », mais d’un concours de dessins d’enfants sur le thème de la Saint-Nicolas. Si je commence ainsi ce billet de blog sur Le Boucher de Tom Khéfif, troisième tome que j’attendais impatiemment de la série Amarachi : Privé publiée aux éd. Booxmaker, c’est parce qu’il est question d’enfants (qui ne se sont pas égarés, mais qui ont été enlevés, certes) en prise avec un boucher, ou que le seront. Et que cela m’a fait penser à la légende de St-Nicolas. Est-ce volontaire de la part de l’auteur ou est-ce dû à mon imagination ?

Le boucher n’est alors pas celui qui veut transformer les enfants en petit salé et que St-Nicolas vient délivrer, mais un désosseur, un démantibuleur de corps morts, à l’instar de celui auquel fait appel Amarachi lorsque des cadavres de mafiosi encombrent son bureau. La boucherie, ce sont les blessures où giclent le sang, les cadavres baignés dans leur flaque d’hémoglobine.

Ce troisième volet des aventures du détective privé ne fait pas dans la dentelle, ça pisse le sang, et pas qu’une fois à travers cet épisode d’une quarantaine de pages.

Kidnapping d’enfants, donc, et demande de rançon. Les kidnappeurs n’hésitent pas à envoyer un doigt de leur fils à des parents angoissés pour leur rappeler que ceux-ci ne doivent pas faire intervenir la police… ni un détective. C’est donc qu’Amarachi est sur leur piste… (Une parenthèse pour revenir à St-Nicolas délivreur d’enfants : n’est-il pas question de doigts aussi, dans la légende?) Mais laquelle ? Car le détective suit une voie, puis une autre. Il n’est pas celui qui fait travailler sa matière grise comme chez A. Christie. Il est celui qui cogne, qui sort son taser pour qu’on le tienne en respect, qui se réveille chaque matin avec la gueule de bois.

Le personnage d’Amarachi est métis, celui lui sert bien lorsqu’il doit se rendre dans des quartiers noirs où un blanc se serait fait rapidement descendre. Ni tout noir ni tout blanc, au sens propre comme au sens figuré. Le détective est-il toujours du bon côté ? N’aurait-il rien à se reprocher ?

Je crois que c’est l’épisode que je préfère jusqu’à présent. J’aime bien que le détective évoque ses problèmes de conscience, ses haut-le-cœur. Une série que je vais certainement continuer à suivre…

Le Boucher, Amarachi privé épisode 3, Tom Khéfif, éd. Booxmaker, 0,99€

(En complément : lire l’interview de l’auteur http://www.booxmaker.fr/nos-auteurs/tom-kh%C3%A9fif/interview-kh%C3%A9fif/)