J’en parlais hier en évoquant le salon du livre d’Aigues-Mortes, car c’est là que j’ai acheté ce roman. Aussitôt acheté, aussitôt lu, puisque je l’ai terminé hier soir.

Le Visage du songe raconte comment un homme se débat avec un cauchemar où un visage lui apparaît. Cet homme est peintre. Il pose ce visage qui le hante sur une toile. Une curieuse rencontre lui dicte la création d’un deuxième portrait. Qui est cette femme ? L’a-t-il connu ? Devient-il fou ?

L’auteur nous rend ce personnage attachant, et l’énigme du portrait nous tient en haleine jusqu’à la fin du roman.

C’est un joli récit, bien écrit, avec une recherche du vocable, on sent un réel travail d’écriture. J’aurais un bémol à apporter quant à la légère invraisemblance finale : comment ne pas reconnaître une personne, ne pas identifier chez cette personne, certes vieillie, les traits que le peintre a lui-même immortalisés ? Alors qu’il a l’œil vif, qu’il est capable de porter les images qui l’habitent sur une toile, le personnage du peintre semble curieusement, dès qu’il ne s’agit plus directement de son art, dès qu’il est confronté au réel, être perdu dans la brume. Au fond, c’est peut-être aussi ça qui nous le rend sympathique, cette inadaptation au réel : la vie est faite de petites habitudes (porter des charentaises, se passer la tête sous l’évier pour calmer sa colère,…), c’est un continuum (par exemple, ses chats portent toujours le même nom, comme si c’était toujours les mêmes, comme s’ils ne mourraient pas), les actions s’enchaînent avec leur un rythme où l’inattendu est tenu à l’écart. Le peintre et la nonne ont ceci de commun de vivre enfermés l’un et l’autre à l’écart de l’agitation, à l’écart du monde réel en se créant un monde de contemplation, de solitude, de silence.

Je ne veux pas dire trop de choses de ce roman, sinon où serait le plaisir de la découverte ? En tout cas, ce livre m’a plu.

Le Visage du songe, Marie Kocajda-Tanguy, éd. Irysnoir, 16€