Si j’écris ce billet de blog aujourd’hui, c’est parce que deux personnes récemment ont mis en doute le terme de « roman » concernant certains écrits.

Il y a eu tout d’abord un auteur qui m’a fait parvenir un roman de plus de 250 000 signes, auquel j’ai répondu en utilisant le terme « roman » – je l’ai lu, je ne pouvais pas confondre avec un autre genre, ce n’était pas une biographie, des mémoires, etc.- et l’auteur m’a posé une question qui m’a surprise : « tu appelles ça un roman ? ». Il supposait que le texte était trop court pour être qualifié de roman. 250 000 signes, ce n’est pas court. Dans la collection e-ros, ce sont des textes qui trouvent place dans la section e-ros+, destinée aux textes longs. C’est le cas de L’Envol de Danny Tyran.

Un roman ne se définit pas par une taille optimale. On a de courts comme de longs romans. Il s’agit d’un écrit qui condense un certain nombre de caractéristiques : plusieurs événements, aventures (et non une seule action), plusieurs personnages généralement assez fouillés, et bien sûr, le texte est une œuvre de fiction. Dans cette optique, on peut considérer, et je le considère comme tel, que L’Impératrice de Ian Cecil est un roman, même s’il est court (80 000 signes environ, je pense me souvenir).

Enfin, hier m’est parvenu un retour de lecture du roman Adore de Chloé Saffy. Excellent avis sur ce livre (et il le mérite!), mais la chroniqueuse considère qu’il s’agit d’une « nouvelle ». Je pense qu’il y a une confusion entre les deux genres, et peut-être est-ce dû au terme anglo-saxon. D’ailleurs, cela me fait penser que Danny Tyran, auteur canadien, parle de ses romans en utilisant également le terme de « nouvelle ». En France, il est impossible de les nommer ainsi : ce sont des romans.

La nouvelle se caractérise tout d’abord par sa brièveté. D’autres caractéristiques sont la présence d’une chute et d’une unité d’action (Si l’on considère l’ensemble de ces critères, tous les textes courts de la collection e-ros ne sont pas strictement des nouvelles, et le terme « nouvelles » qui s’applique à la page facebook de la collection est surtout là par commodité.)

Ce serait une erreur de considérer le roman comme une extension de la nouvelle ou la nouvelle comme un roman miniature. Parce que la taille seule ne fait pas le roman ou la nouvelle. Ainsi, Adore n’est pas une nouvelle, même extrêmement longue, parce que les personnages ont une profondeur, que le texte ne s’attache pas à un fait, mais présente un cadre (les deux protagonistes réunis dans l’appartement de Verlaine, pendant une nuit) qui éclate grâce à de nombreux récits de souvenirs. La structure est donc bien plus complexe qu’une avancée vers une chute.