Une petite introduction : cet avis de lecture a été mis en ligne sur le forum Have a break, have a book [http://breakabook.exprimetoi.com/t594-editeur-editions-lokomodo]

Il s’agit d’un partenariat entre le forum de lecture et les éditions Lokomodo.

Avec Altérations de Michel Rozenberg, je m’éloigne de mon horizon de lecture habituel. Pas tant sur le fait qu’il s’agisse de nouvelles, puisque je privilégie de plus en plus les formats courts pour mes lectures, que sur le fait qu’il s’agisse de fantastique. Hormis Le Horla et quelques nouvelles de Maupassant, des nouvelles de Théophile Gautier comme La Morte amoureuse, qu’ai-je lu dans le registre fantastique ? Peu. Récemment, deux nouvelles de Jean-Christophe Chaumette parues aux éditions L’ivre-book. Deux textes que j’ai beaucoup appréciés.
Justement, le partenariat proposé par le forum « Have a break, have a book », forum de lecture très actif auquel je me suis inscrite il y a quelques semaines, proposait tout à la fois un livre numérique de Jean-Christophe Chaumette, dans le registre de la fantasy et ce recueil de nouvelles fantastiques de Michel Rozenberg. C’était pour moi, en m’inscrivant pour ces deux titres l’occasion de poursuivre ma découverte des œuvres de l’auteur Jean-Christophe Chaumette (j’aurai l’occasion d’en parler ultérieurement) et de poursuivre ma découverte de la littérature fantastique contemporaine. Tout en découvrant des publications de Lokomodo, une maison d’édition dont je connaissais le nom bien sûr, mais dont j’ignorais la ligne éditoriale. Merci donc à la fois au forum de lecture et à cette maison d’édition pour cette possibilité qui m’est offerte.
Voici une première étape franchie avec la lecture du recueil Altérations. Autant le dire tout de suite, j’ai bien aimé les nouvelles de cet eBook !

Thème récurrent de ces nouvelles étranges et déroutantes : l’enfermement. Souvent, il s’agit d’un enfermement dans un espace qui semble non fini, les pièces s’allongent (comme la bibliothèque de la nouvelle Les parques), la route n’en finit plus et les repères se perdent (comme dans Transition qui est l’un de mes textes préférés)… Lorsque l’espace semble structuré (une maison dans Desseins, une entreprise dans Le paquet), alors un mystère pèse sur des étages ou des salles inaccessibles car interdites. Il semble donc y avoir des espaces sécurisés et d’autres potentiellement dangereux. Le personnage principal (un homme, plus ou moins jeune selon les nouvelles) est mis en garde contre une curiosité déplacée.

Je disais que j’avais peu de références en matière de fantastique. Mais finalement, j’ai trouvé dans ces nouvelles des échos d’autres textes. Ainsi, Le cadre met en scène un personnage qui vieillit prématurément, car chaque nuit un personnage rêvé vient aspirer son énergie. Dans un cadre, un portrait rajeunit. Et je ne peux que penser au portrait de Dorian Gray, ou plus précisément, à une situation opposée puisque l’être vivant vieillit au contrait du roman d’Oscar Wilde.

L’angoisse gagne les personnages lorsque la situation devient irrationnelle. J’aime particulièrement ce passage où plus rien ne semble justifié, où le personnage perd ses repères (comme dans La chambre où l’escalier disparaît, où le couloir devient cul de sac, où une mystérieuse ouverture apparaît ensuite…), et où, pourtant, il cherche à comprendre, à aller au-delà, attiré malgré lui vers ces phénomènes étranges – tout en pensant qu’il doit fuir avant qu’il ne soit trop tard car il perçoit un danger diffus. Et pourtant, le piège se referme…

Deux nouvelles mettent en scène le dévoilement d’événements futurs : dans Desseins, des catastrophes, des accidents sont transcrits par écrit et trouvent leur accomplissement lorsque la scène est représentée par un dessinateur. Les termes dessin et dessein se confondent alors… Dans Les parques, chaque individu réalise ce qu’un livre annonce de sa vie. Le personnage principal possède le livre de sa propre vie : quel usage en fera-t-il ?

Je ne vais pas détailler l’ensemble des thèmes, mais il me semble aussi intéressant de souligner que de manière récurrente, les personnages sont confrontés à l’absence de communication. Soit à cause du mutisme des personnes qui l’environnent comme dans Desseins ou dans Le paquet, soit parce que les personnes sont injoignables : dans Le cadre, des lettres sont reçues, mais impossible de connaître l’adresse de l’expéditeur et le téléphone sonne dans le vide ; dans Les parques, le numéro de téléphone n’est pas attribué, les personnes ont disparu sans laisser de trace, même dans les souvenirs, et même dans les documents administratifs.

En conclusion :
Des chutes qui peuvent jouer avec la frustration du lecteur (mais comment expliquer l’inexplicable ? C’est impossible, et c’est justement le jeu de ces textes de garder un aspect irrationnel). Une lecture que j’ai appréciée (un peu moins les nouvelles Le visiteur, La rencontre et Le défi que les autres), un style agréable.