J’avais aimé la plume de Jean-Christophe Chaumette, découverte par le biais d’une nouvelle proposée gratuitement par les éditions L’ivre-Book. J’avais beaucoup apprécié et ai acheté par la suite un autre eBook. Il s’agissait de nouvelles fantastiques. Sur le forum Have a break, have a book étaient proposés récemment des eBooks des éditions Lokomodo. J’ai choisi de recevoir et de chrnoniquer (merci à ce forum et à la maison d’édition!) un roman de Jean-Christophe Chaumette, initialement publié aux éditions Fleuve Noir : Le Niwaâd.

Je pensais que les éditions Lokomodo étaient dédiées au numérique. Ce n’est pas le cas : format papier et numérique cohabitent. Voici les informations que l’on peut trouver sur leur nouveau site (http://lokomodo-librairie.fr/) : « Créées en 2008, les éditions Lokomodo sont spécialisées dans la réédition d’ouvrages francophones en format poche, dans les domaines de la fantasy, du fantastique, du polar et de la science-fiction. Cette collection a pour but de faire redécouvrir à petit prix et à un large public amateur d’imaginaire et de fiction des ouvrages précédemment publiés en grands et moyens formats, sans toutefois s’interdire de temps à autre la publication de quelques titres coups de cœur inédits. »
Le Niwaâd est ainsi publié en format de poche et en format ePub. C’est cette version numérique que je viens de terminer.

Le Niwaâd est un roman de science-fiction composé de deux parties. J’ai été surprise, lors de la lecture de la première partie, car même si l’histoire se déroule dans un monde imaginaire, on avait l’impression d’y découvrir une sorte d’Antiquité, avec l’importance des jeux, en l’occurrence la lutte, une plèbe qui s’agite et s’excite devant les lutteurs, des prélats qui ont fait fortune, des religieux qui guident le peuple, des esclaves qui servent dans les mines,… Chaque chapitre est précédé d’une citation du Livre d’Uzmul, écrit en versets. Il s’agit du livre qui régit la vie des hommes, privés de la vue des dieux par la présence d’un mur dont des portes sont ménagées, car cette Bible définit les sacrifices mensuels que les hommes doivent satisfaire.

Nous suivons dans ce monde plus ou moins antique l’errance de Nashguen, autrefois paysan, à présent lutteur. Ce personnage semble vieillissant, il boîte, son apparence est peu redoutable. Or, pendant le combat, sa force est décuplé. Il est « amok », c’est à dire capable d’une transe qui le rend aussi fort que douze hommes réunis. Nashguen est à la recherche du Niwaâd. Dans une sorte de rêve méditatif, ce terme lui est apparu. Un griot a récité des vers où ce mot apparaissait également. Il s’agirait de quelque chose ou de quelqu’un qui serait capable de détruire le grand mur qui sépare les hommes des dieux. Nashguen cherche à se rapprocher d’une secte de blasphémateurs pour comprendre et trouver ce Niwaâd.

J’étais étonnée de ne pas trouver en cette première partie des éléments propres à la SF. Mais la deuxième partie est très différente de la première. Il s’agit de raconter la vie au-delà du grand mur, toujours dans cette quête du Niwaâd. Je ne vais pas m’étendre sur cette deuxième partie, ce serait apporter trop d’éléments, trop tôt, mieux vaut que le lecteur découvre le texte au fur et à mesure. Quoiqu’il en soit, je peux dire que cette deuxième partie se conforme davantage à ce que j’attendais avec le terme SF : des ordinateurs, des réseaux, des robots en charge des tâches que les êtres humains n’exécutent plus, des mondes virtuels, une organisation de la société avec des interdits, des connaissances cachées…

La fin du Niwaâd m’a laissée perplexe. J’ai lu deux fois l’épilogue et me suis demandé ce que j’avais manqué pour réussir à comprendre, à savoir enfin… Et puis j’ai pensé que c’était mieux ainsi : cette fin légèrement frustrante, ouverte, était sans doute la meilleure façon de conclure le roman.

Le Niwaâd est un roman épique. La quête du bien, d’un monde autre en est le moteur. Cette quête est celle de Chaka, l’enfant général d’une armée d’anciens enfants esclaves. Cette quête est celle de Nashguen. La volonté de comprendre le monde dirige plusieurs protagonistes. Clara, la scientifique spécialiste du cerveau, Eve qui dès les premières pages de la deuxième partie, a soif de connaissances, accepte une mission rebutante pour obtenir, en récompense, accès à un pourcentage plus élevé du réseau. C’est une œuvre dense, qui fait de nombreux parallèles avec l’histoire et les mythes (Chaka peut nous faire penser à Spartacus par exemple). Les différents points de vue, la tolérance, sont des thèmes esentiels développés dans la deuxième partie. L’organisation des sociétés humaines est un fil conducteur entre les deux parties.

Je n’ai pas l’habitude de lire de la SF. Mis à part deux nouvelles de Gaêlle Dupille, récemment, mis à part les Chroniques martiennes de Ray Bradbury, je crois n’avoir jamais lu de SF. Je pensais à vrai dire détester ce genre. Les nouvelles de Gaëlle Dupille m’avaient plu. Et ce roman de Jean-Christophe Chaumette m’a plu également. Je l’ai trouvé très riche, bien écrit, addictif. Je dirais qu’il est excellent.

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Présentation du roman par l’éditeur : Pour Nashguen le boiteux, le Niwaâd n’était qu’un mot perçu au travers d’un songe brumeux, une quête absurde qui lui évitait de sombrer dans la folie et qui le maintenait accroché à la vie. Mais pour d’autres, il évoquait les plus lourds secrets du clergé, enfermés au coeur des cryptes des terres noires, l’impitoyable lutte entre prêtres et blasphémateurs, les mystères de l’origine du monde. Et cette quête, jusqu’où l’entraînerait-elle ? Au delà du grand mur derrière lequel s’étaient retranchés les dieux ? Et là – bas, que trouverait-il vraiment ?

Présentation de l’auteur : Né en 1961, Jean-Christophe Chaumette a exploré pendant plus de vingt ans les différentes facettes de la littérature de l’Imaginaire : SF (Le Niwaâd), Fantastique (Le Jeu, L’Arpenteur de mondes, Les sept saisons du Malin, L’Aigle de sang, Le Dieu Vampire) et Fantasy avec la saga du dernier Sven, contée dans un cycle en six tomes, Le Neuvième Cercle. Il a obtenu à trois reprises le Prix Masterton, et a publié un roman historique sous un pseudonyme (Le Pays des Chevaux Célestes)