On peut ne pas aimer ce que j’écris (cela arrive souvent), on peut considérer qu’il y a trop de sexe, que c’est trop court, que ça va trop vite (j’aime les rythmes soutenus), on peut même dire « bof » comme toute critique (avec le mot « nul », j’ai un peu plus de mal, parce que je trouve que la critique elle-même est plus nulle que ce que j’ai écrit), on peut dire qu’il n’y a pas d’histoire (en faut-il une ? Prenez un roman d’O. Adam par exemple. Y a-t-il « une histoire » ?), que le texte n’est pas excitant (bien des textes que j’écris ne le sont pas à mon avis, et bien des textes érotiques que je lis ne me semblent pas excitants non plus), mais écrire qu’il n’y a « pas d’investissement de l’auteure », là, c’est fort.

Encore que… Si on me dit qu’il y a pas d’investissement de l’auteure dans un texte où effectivement, je me suis contentée de répondre à un appel à textes, comme ça, pour voir, en écrivant rapidement quelque chose, sans y laisser de moi-même, alors cela ne m’affecte pas. Vous avez pu lire sur ce blog, par exemple, Formule tout compris. Me dire qu’il n’y a pas d’investissement de ma part dans ce texte ne me dérange aucunement, car c’est la vérité. Ou plutôt l’investissement est minime : je me suis contentée de passer du temps à écrire, un peu à relire, j’ai passé un moment agréable, et c’est tout. Si vous estimez qu’il n’y a pas d’investissement dans un texte publié chez un éditeur, cela peut être aussi le cas. Au fond, il n’y a pas tant de textes auxquels je tiens. (Je vous préviens, ne me dites pas qu’il n’y a pas d’investissement dans Nathalie et ses bonnes oeuvres, qui sera publié en février, parce que ce texte-là, j’y tiens beaucoup, c’est, je pense, mon meilleur texte. Il pourra bien sûr ne pas vous plaire, vous êtes libres de ne pas l’apprécier !)

Alors quels sont les textes auxquels je tiens, ceux dans lesquels je me suis plus investie que dans d’autres ? Il y a Isa, été 93, parce que j’ai cherché à y faire passer une émotion particulière (le texte en lui-même n’a cependant rien d’exceptionnel, il se lit facilement, il est gentil pourrais-je dire), il y a Rififi à l’AMAP (dans Affaires classées X, car j’ai mis beaucoup de moi-même dans le personnage de la garce), il y a le texte envoyé pour l’AT des éditions L’encre parfumée de Lys que j’ai intitulé Puzzle d’un amour (qui ne sera peut-être pas retenu… mais s’il ne l’est pas, je ne pense pas le placer sur ce blog, je vais le garder seulement pour moi, je ne le ferai plus lire à personne), il y a ce petit texte publié dans le recueil Un Cadeau de Noël pour le refuge, intitulé Un Souvenir d’enfance, pour un point particulier : la relation père-fille qui apparaît en filigrane. Il y a Journal d’une sexothérapie, parce que je me suis efforcée de ressentir ce que pourrait ressentir mon personnage, la narratrice m’est très liée (bien sûr, tout est exagéré, extravagant, mais il y a un fond de vérité malgré tout cela, une façon de se comporter, d’accepter ce qui semble finalement si simple quand on ôte tout ce qui l’entrave). Et il y a Confidences amoureuses et sexuelles d’une lesbienne. Dans ce texte-là, mon investissement est plus important que dans beaucoup d’autres. Et c’est pour cette raison, entre autres, qu’il a été publié par mes soins. Il y a un investissement en temps (le texte initial a été écrit il y a un an et demi). Il y a un investissement en tant qu’être humain, parce que le personnage de la narratrice colle à ce que je suis, à la façon dont j’interagis avec les autres. La lectrice qui a écrit, comme critique, qu’il n’y avait pas de ressenti, pas d’émotion, n’a pas perçu (mais est-ce mal rendu ? peut-être m’y suis jamais prise pour faire passer cela ? C’est possible. Ou alors je m’y suis prise d’une manière telle que tout le monde ne le saisit pas) que ce personnage renferme ses émotions, qu’elle semble impassible pour pouvoir garder la tête hors de l’eau. Alors je peux être d’accord avec tout, penser qu’effectivement, il peut être gênant pour des lecteurs que je ne m’attarde sur aucune scène en particulier par exemple, mais pas qu’il n’y ait pas de ressenti et surtout pas « d’investissement de l’auteure », parce que c’est tout le contraire.