Compte rendu de lecture rédigé pour le forum « Au cœur de l’imaginarium ».

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La-mouche-dEleonoreAprès avoir lu le court roman Deux nuances de brocoli, j’avais très envie de découvrir d’autres textes de Marie Laurent. Le partenariat du forum Au cœur de l’imaginarium et des éditions Artalys m’a permis de découvrir un roman sentimental, La Mouche d’Éléonore. Merci au forum et à la maison d’édition ! Et merci à l’auteure qui écrit une fois de plus un texte de qualité. Un texte captivant.

La Mouche d’Éléonore revisite Les Liaisons dangereuses de Laclos. Même noms de personnages ou presque, jeux de séduction et de pouvoir, manigances, pièges, vengeance… et amour aussi !

L’histoire se déroule dans une ville nommée Choderlos (en référence à Laclos bien sûr). Éléonore est une jeune femme effacée, amoureuse de Fabien, qui ne se soucie guère d’elle. Pire, il la plaque le jour de l’anniversaire de leur couple pour une autre femme qu’il compte épouser. (Le début du roman est assez cocasse et le lecteur ne prend guère en pitié la pauvre fille, trop crédule, qui vit dans l’ombre de son petit ami.) Or, Fabien travaille dans le même journal qu’elle. Éléonore devra faire bonne figure dès le lundi matin. Pour se changer les idées, elle se rend à une exposition artistique sur le siècle des Lumières. L’élégance des femmes de cette époque, leurs toilettes, leurs coiffures l’interpellent. Mieux, l’inspirent. Notamment cette coquetterie dont elle pare leur visage : la mouche. Éléonore choisit alors de coller une mouche sur son propre visage. Tout change alors en elle, aussi bien physiquement que mentalement. Cette transformation lui donne une assurance nouvelle.

« D’habitude, j’appréhendais la confrontation avec les vendeuses de prêt-à-porter, mais la mouche collée à ma joue me donnait de l’assurance, me conférait un pouvoir d’essence magique. » p. 12/90

Elle est Éléonore Merteuil et ne s’en laissera plus conter par les hommes. Seulement, elle est encore une jeune femme qui rêve d’amour…

La transformation du personnage est un point clé du roman. Assez subite, cette métamorphose n’est cependant pas totale, puisqu’une part de son caractère ne peut s’effacer (ni toutes ses réactions physiques, puisqu’elle rougit facilement et dissimule autant qu’elle le peut cette marque de faiblesse).

« Une nouvelle Éléonore allait renaître sur les cendres de l’ancienne : plus dure, plus déterminée, maîtresse de ses émotions. » p. 26/90.

Tout le roman va jouer sur la dualité du personnage : fleur bleue, mais aussi dorénavant manipulatrice. Elle jette Valmont dans les bras d’une autre, car elle sait qu’elle ne se l’attachera qu’en montrant son indifférence. Seulement, tout ne se déroule pas comme elle le prévoit. On ne manipule pas les sentiments d’autrui sans heurts…

J’ai bien aimé le travail de sape qu’Éléonore entreprend auprès Sabrina (qui joue le rôle de Sophie de Volanges), son discours persuasif. L’hypocrisie devient une seconde nature pour ce personnage qui ne savait auparavant feindre.

L’accessoire de la mouche se laisse oublier dans le cours du roman, mais influence (en bien ? en mal ? Rien n’est jamais ou tout blanc ou tout noir !) le comportement d’Éléonore. L’auteure s’amuse à réutiliser le mot dans des expressions, joue de sa polysémie. La mouche devient l’image de l’insecte, et de proie devient prédateur, en se muant en araignée, par exemple. Cette mouche se fait donc oublier, jusqu’à la fin du roman, qui se clôt lorsque l’accessoire esthétique est ôté.

La fin du roman est assez brutale. On regrette presque que le personnage principal ait perdu son côté machiavélique et que le couple Merteuil/Valmont qui a tant joué au chat et à la souris (chacun jouant les deux rôles) ne poursuive plus sur cette voie. Mais il faut bien une fin et celle qui est proposée, aigre-douce, conclut parfaitement le récit.