Haine7J’ai écouté pour la première fois de ma vie The Clash, leur album London Calling, en lisant les derniers chapitres de ce roman. Je n’irai cependant pas jusqu’à regarder un film de George A. Romero. Autant dire qu’ Haine7 est loin de mon univers.

L’auteur, Jean-Luc Manet va publier en mai, dans la collection e-ros, un recueil de nouvelles espiègles et pétillantes, Les Honneurs de Sophie. Une distraction entre la publication d’autres écrits, sombres. Il m’a proposé de découvrir un texte publié en 2012, Haine7, et j’ai accepté volontiers, curieuse de découvrir une autre facette de son écriture.

La nationale 7, tristement poussiéreuse, détruit les vies. Après les accidents qui ont causé la mort de ses enfants, Estelle se dirige vers Paris. Elle n’est plus qu’une âme qui erre, qui s’accroche à quelques souvenirs de ces années où tout semblait vivant. En chemin, elle croise le narrateur, témoin distant. Des cadavres sont semées sur son chemin, une enquête policière est en cours. Des clochards l’ont reconnue, Estelle ressemble tant à une femme autrefois aimée… La misère, la résignation, la solitude au milieu de ses semblables, le non sens de la vie. Et au milieu de cela, des larmes et du sang.

Le roman (pour moi, c’est un roman, bien qu’il soit écrit « nouvelle » en couverture et bien que le nombre de pages ne soit pas très important) est accompagné d’illustrations d’Emmanuel Gross qui reflètent l’atmosphère du texte. Du gris majoritairement, des taches d’ombre sur lesquelles apparaissent des traits noirs, silhouettes de personnages qui ont perdu leur consistance pour se fondre dans le décor.

L’écriture de l’auteur est très imagée. Même si l’ambiance dans ses nouvelles érotiques est très différente, je reconnais le style de l’auteur, avec ses nombreuses métaphores, originales souvent. Parfois, c’est un léger reproche, je pense qu’il est tenté d’en faire trop. Mais il est aussi capable de concision, et d’atteindre précisément la cible en quelques mots.

– Mais Capitaine, comment peut-on vivre ici ?
-Vivre ? (p. 41)

Haine7 narre la déchéance d’une vie. Les souvenirs que le sac d’Estelle contient sont aussi ceux du narrateur, et sans doute de tant d’autres qui surnagent dans la grisaille.

Il procure une curieuse sensation, un mal-être que l’on cherche à dissiper, mais qui s’accroche de manière tenace, si bien que pour s’en débarrasser, il semble qu’il faut une déchirure nette, un geste énergique (comme celui de fracasser une basse ?).

Haine7, Jean-Luc Manet et Emmanuel Gross, éd. Antidata