romancieres-sexeYannis Z m’a adressé ce matin un recueil de nouvelles auto-publiées, Les Romancières du sexe. Ce titre paraîtra demain, pour la journée internationale pour le droit des femmes ; l’auteur explique d’ailleurs en préface en quoi ces textes sont pour lui la manifestation d’un refus du sexisme, de la déconsidération des femmes lorsqu’elles écrivent de l’érotisme, etc.

Le projet d’écriture de nouvelles sur des auteures est né il y a quelques mois. Yannis Z. m’avait proposé de faire figurer ChocolatCannelle (« de me faire figurer » ?) dans ses écrits, ce que je me suis empressée de refuser. Il en parle dans sa préface :

«  Pendant l’été, trois auteures ont lu et relu les différentes versions de ce texte, m’initiant de leur mieux aux techniques de l’écriture littéraire et corrigeant mes nombreuses maladresses. Il s’agit de Claire DeLille, Noann Lyne et ChocolatCannelle. Ce sont des écrivaines brillantes, créatives, rigoureuses et dotées d’une profonde humanité. J’ai voulu les remercier et j’ai décidé d’écrire des nouvelles inspirées par l’identité d’auteure qu’elles se sont créées. L’une d’elles a préféré apparaître implicitement entre les lignes d’un passage, mais les deux autres ont accepté de jouer le jeu et d’incarner un de mes personnages. »

Je ne suis pas une écrivaine brillante, créative, rigoureuse et dotée d’une profonde humanité. Un écrivain brillant, ce n’est pas si fréquent que ça, d’ailleurs. J’ai aussi, il me semble, procédé à une seule lecture du texte évoqué, avant sa publication chez Artalys, en soulignant quelques points qui ne me semblaient pas convenir. Notamment une propension à alourdir le texte littéraire de réflexions sociologiques. De légères incohérences aussi. Surtout parce que l’auteur m’avait adressé le texte pour avis, et que c’est mon job. Pour ma collection, le texte ne convenait pas. Yannis Z. faisait, m’a-t-il dit, appel non pas à la directrice de collection, mais à l’amie. Je ne suis l’amie de personne, avouons-le, surtout lorsque l’on m’envoie un texte. Je dois pouvoir signaler ce qui ne va pas. Et surtout, je ne rends pas service ainsi si on me sollicite, parce que lorsque j’accepte une fois, je l’accepte plusieurs fois, et je n’en ai pas le temps.

Je n’ai pas choisi d’apparaître implicitement, l’auteur l’a fait et m’en a parlé ensuite, mais j’ai laissé faire. Je préfère ne pas apparaître du tout, parce que cette situation me met mal à l’aise, mais je reconnais que c’est flatteur, que cela part d’un bon sentiment et je ne souhaitais pas gâcher cette envie de fantasmer la vie d’auteures érotiques, surtout s’il s’agit d’une apparition si discrète que je ne me reconnaîtrai sans doute pas.

Je n’aime pas l’idée d’incarner un personnage chez autrui, de me perdre, d’abandonner une part de ce que je suis, de laisser prise à l’imagination d’autrui sur ma personne, ne serait-ce que sur ma personne d’auteur. Si « j’ »apparais dans un texte, je préfère que ce soit sous la forme d’un personne que je crée moi-même. Je veux contrôler la situation. Laisser à d’autres le soin de m’évoquer, c’est clairement un « jeu » que je ne veux pas jouer.

A présent que tout est dit sur ma non-participation : le recueil fait environ 150 pages et je ne le lirai pas avant un moment, car j’ai d’autres livres en attente, mais je le lirai sans doute. Il est vendu au prix de 0,99€, ce qui provoque un rapport entre le nombre de pages et le prix appliqué néfaste aux livres d’autrui (y compris les miens) : il y a à mon sens une réflexion à avoir sur le prix des livres numériques auto-édités (et même parfois sur le prix des livres édités) pour ne pas discréditer le travail des auteurs. Il paraît demain sur Amazon, en format pour Kindle.