ecrins-fatalsJ’avais évoqué la sortie de ce livre sur cette page. Il s’avère qu’ensuite, avant-hier pour être précise, j’ai déjeuné avec l’un des deux auteurs, Pierre Charmoz. Et qu’il a eu la gentillesse de m’offrir le livre en question, assorti d’une dédicace. J’ai commencé le livre dans le bus qui me reconduisait chez moi et l’ai fini tranquillement hier soir.

Il s’agit d’un roman assez court (environ 150 pages), dans un joli petit format avec couverture à rabats. Sur la première de couverture, on reconnaît nettement la figure de Sherlock Holmes avec sa pipe et son étrange casquette – malgré ses couleurs criardes (la casquette est un cadeau de Mycroft, alors à quoi pouvait-on s’attendre ?). La main velue d’une bête inconnue laisse présager une étrange rencontre au sommet. Il s’agit surtout de montagnes, les Écrins, et de l’étrange ascension couronnée de succès pour les Anglais. Le roman a une base historique certaine : la première de Whymper en 1864. Mais chaque première n’est qu’une première officielle. Qui aurait donc pu déflorer le sommet d’un 4000 mètres avant l’alpiniste susnommé ?

Les auteurs imaginent une double expédition, une âpre concurrence entre Français et Anglais, avec chez les Français, le vieillissant Dupin, personnage d’Edgar Poe, qui engage des autochtones, notamment un bourru adepte de la pensée de Proudhon, dont les rares paroles sont réjouissantes, et du côté anglais, l’oncle Edward, le fameux Whymper, ainsi que Sherlock Holmes qui affûte ses premières armes en se servant de son don exceptionnel d’observation.

Le récit de l’expédition est double, il provient de deux manuscrits dont l’un a été retrouvé près de cadavres : les pauvres Français ont fait une chute malencontreuse et personne n’a jamais entendu parler de leur tentative d’arriver au sommet avant les Anglais. Le deuxième manuscrit provient de notes prises par Sherlock qui relate, à la fin de sa vie, ses jeunes années, loin de l’officielle biographie dressée par Watson. Les manuscrits sont confrontés, jusqu’aux points de convergence : la rencontre de chaque cordée. Deux récits, deux auteurs : l’écriture à quatre mains allait de soi.

Ce qui est particulièrement intéressant et réussi dans ce roman, c’est la confrontation du réel, une description minutieuse des chemins empruntés par les uns et les autres, les termes spécifiques à la montagne, l’aspect documentaire en somme (aussi bien sur la cuisine locale comme les exotiques tourtons que sur la vie paysanne, la scolarité) et l’imaginaire, avec les personnages créés ou dont des caractéristiques sont empruntés à d’autres œuvres, la part fantaisiste, les étranges cris et la silhouette agile qui se meut dans l’obscurité… Il y a aussi l’humour, l’esprit de déduction de Sherlock (un tantinet mis à mal au final par un calcul savant basé sur du vent, qui aboutit cependant à une vérité), l’écriture même, avec des formulations (métaphoriques souvent) qui font sourire.

Sherlock évoque, à la fin de son manuscrit, son origine familiale et les secrets qu’elle recèle. Conan Doyle aurait-il caché quelque chose à ce sujet ? Le mystère reste entier… jusqu’à un prochain livre.

Écrins fatals ! La première enquête de Sherlock Holmes, Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc, éd. Guérin