Quelqu’un sur le groupe « auteurs érotiques » de Facebook, demandait si on avait parfois le sentiment que les lecteurs passaient à côté de nos textes, ne les comprenaient pas. Pour ma part, il m’arrive souvent de constater que les lecteurs ne saisissent pas qu’il s’agit d’humour, que rien n’est véritablement sérieux (du moins dans une grande partie de mes écrits).

La veille, j’avais lu une critique négative sur mon texte A voyeur, voyeur et demi. Le fait que la critique soit négative importe peu. Je comprends l’avis de la lectrice, qui souhaitait lire une histoire sensuelle et s’est retrouvée face à un texte cru, « du sexe pour du sexe », et cela ne lui convenait pas.
Je fais une petite parenthèse : je crains malheureusement que pour beaucoup de lectrices (mettons le terme au féminin car je n’ai pas encore rencontré de lecteurs que cela gênait), la littérature érotique est désormais un genre tout public, le terme semble avoir englobé dans leur esprit ce qui aurait dû être limité à l’expression « romance érotique » voire romance tout court ou histoire à l’eau de rose. Il faut de l’amour, de la sensualité et surtout aucune situation, aucun terme qui choque. C’est très réducteur pour la littérature érotique. Et cela amène à condamner les textes qui ne correspondent pas à cette définition édulcorée. Autrement dit, à un large pan de la littérature érotique. Mais passons.

Je reviens à la critique en question. Il est écrit ceci : « l’auteur m’a tout de suite mise mal à l’aise en sous-entendant qu’elle était le personnage centrale et avec deux ou trois détails bien glauques supplémentaires… » Je ne sais pas quels sont les détails glauques en question. Je me suis, je l’avoue, complu à nager dans le « crade » (comme l’écrit la critique), alors je n’étais pas à quelques détails glauques près.
Si je parle de cette critique et si je la mets en relation avec la question posée sur le groupe facebook que je mentionnais plus haut, c’est parce que j’aurais sous-entendu que j’étais (donc, moi, auteur) le personnage. J’ai en effet écrit : « L’histoire que je vais vous raconter se déroule à Nancy. Elle, c’est moi, un peu ou beaucoup… »
Et c’est là que je pense qu’on ne comprend pas, que l’on prend avec beaucoup trop de sérieux ce que j’écris. La nouvelle est un écrit de fiction, c’est un mensonge, un travestissement du réel.
« Je » n’est jamais l’auteur. « Je » est le narrateur, la narratrice, qui n’est jamais l’auteur. Quand l’auteur s’amuse à faire croire qu’il est dans le texte, un personnage du texte, il ne faut bien sûr pas le croire. Il ne s’agit pas d’une autobiographie, évidemment (on pourrait même dire que l’auteur d’une autobiographie n’est pas le personnage de son autobiographie, d’ailleurs, mais passons, ce n’est pas le sujet du jour). C’est un jeu. Un jeu littéraire fréquent de prétendre faire partie du récit, de laisser croire que… La connivence cependant n’est possible avec le lecteur que si le lecteur a conscience du jeu.
Et là, je dois dire que c’est raté. Complètement. Je n’ai pas réussi, du moins pour beaucoup de lecteurs vu les critiques négatives reçues (malheureusement pour ce petit texte malmené, les critiques positives – car il y en a eu aussi – sont restées assez confidentielles, via des messages privés), à faire passer ça, ce jeu avec l’écrit.

Il n’y a pas d’histoire dans mon texte, je comprends qu’on ne l’aime pas pour cette raison. Il s’agit simplement d’un jeu sur le réel, le fantasme et l’écriture. En plus d’être une succession de scènes pornographiques, qui peut déplaire par ailleurs.
Pour ceux que cela rebute, je vous le promets : parfois, j’écris de gentilles histoires non glauques, avec un brin de romantisme même (si, cela m’arrive !), et surtout sans amusement tel que celui-là.