CarmillaAprès Un homme ordinaire lu hier, Carmilla de Shéridan Le Fanu lu aujourd’hui. Un livre trouvé en librairie, roman fantastique irlandais influencé par le « roman gothique anglais » publié dans la collection Babel d’Actes sud dans une « nouvelle traduction de l’anglais » accompagné d’une « lecture de Gaïd Girard« . Commentaire de texte intéressant que l’on trouve en fin de volume, sur un peu moins de vingt pages.

Carmilla est une apparition féminine, une très belle jeune fille délaissée par sa mère le temps d’un important voyage. Venue d’un autre monde, elle emporte avec elle les jeunes filles chez lesquelles elle s’installe. Il s’agit d’un vampire, mais aussi une jeune fille vive et enjouée, capable de passion amoureuse, de débordements. Carmilla s’éprend de Laura et signe ainsi sa perte en restant auprès d’elle plus que nécessaire.

J’ai été intriguée, en feuilletant ce volume en librairie par la sensualité notifiée en 4e de couverture, par l’aspect sexuel du texte – même s’il est voilé, notamment grâce à la naïveté, l’aveuglement ou  le besoin pour Laura de ne pas céder à l’attrait qu’exerce sa jeune amie : « le vampire est une femme, et à la transgression vampirique s’ajoute celle de l’homosexualité féminine, dans un récit tout de séduction et de sensualité ». Beauté des deux jeunes filles, attirance manifeste de l’une pour l’autre…

« Quelquefois, après une heure d’apathie, ma belle et étrange compagne me prenait la main et la pressait avec insistance. Elle rougissait légèrement, fixant mon visage d’un regard languissant et brûlant, et sa robe se soulevait au rythme de sa respiration tumultueuse. On eût dit les ardeurs d’un amant, et cela m’embarrassait ; c’était à la fois odieux et irrésistible. Les yeux brillants, elle m’attirait à elle et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers, en murmurant presque dans un sanglot : « Tu es mienne, tu seras mienne, toi et mois sommes unies pour toujours. » Puis elle se rejetait dans son fauteuil, cachant ses yeux de ses mains, me laissant toute tremblante. » (p. 44)

A se demander qui vampirise l’autre…

Carmilla, Sheridan Le Fanu, Babel d’Actes sud, publié en 1996