Homme-ordinaireLa collection Les affranchis des éditions Nil regroupe des lettres jamais adressées, des lettres que l’on aurait pu ou dû écrire… Yves Simon, dans Un homme ordinaire, écrit à son père, décédé alors que lui-même avait vingt ans. Une lettre qui ne cache pas l’ambivalence des sentiments du narrateur (auteur pourrais-je dire, vu que l’écrit est autobiographique), à la fois tendresse et conscience que tous deux n’appartenaient pas au même monde, n’avaient pas les mêmes ambitions. L’enfant pouvait avoir honte de cet homme du peuple alors que lui-même cherchait à s’extraire d’une vie de gagne-peu. Il y a pourtant aussi une forme d’admiration pour cet homme qui se tait, quand l’âge adulte réussit à dissocier ce qui compte de ce qui ne compte pas et reconnaît l’attention aimante d’un père qui n’a jamais, même dans ses retours avinés, une parole blessante ou un geste malveillant. Le texte est aussi fait de questionnements sur les pensées et les rêves de l’ouvrier qui meurt d’un étranglement, d’un cancer, de trop de mots qui ne se sont pas dits. Le narrateur lui aussi a si peu parlé à ce père, jusqu’au moment de l’agonie où les paroles cherchaient à apaiser son cœur…

Un homme ordinaire a été ma lecture de plage, hier, avant que le vent ne se lève au point de faire décoller le parasol. Pas une lecture de plage dans le sens où on l’entendrait, car c’est un texte grave et mélancolique, et qui m’a émue, au point de me faire éprouver, par cette empathie qu’est l’acte de lecture, une forme de nostalgie, un besoin de lien à tisser avant qu’il ne soit trop tard, mais comment ?

Un homme ordinaire, Yves Simon, éd. Nil, paru en 2011, 7 €