Il y a quelques semaines, sur facebook, des auteurs érotiques ou de romances érotiques ont parlé de l’usage du préservatif dans les scènes de sexe. Je me souviens d’avoir lu les avis de Valéry K. Baran (qui a d’ailleurs rédigé un billet détaillé ici) ou encore de Julie Huleux (voir sur cette page ou encore ici). J’ai pensé qu’il faudrait que je songe plus souvent à l’utilisation de préservatifs dans mes écrits. On peut comprendre leur absence lorsque l’histoire évoque le coït d’un couple constitué de longue date, mais bien moins lorsque deux inconnus sautent l’un sur l’autre…

Marquer à chaque fois l’utilisation réglementaire d’un préservatif me semble tout de même inutile. Un texte n’est pas le strict reflet de chaque seconde qui s’écoule : heureusement, il y a des ellipses, sinon le texte serait imbuvable. Parmi les ellipses, il peut y avoir celle de la pose d’un préservatif. Décrire le moment où on déroule le capuchon n’est donc pas nécessaire. Il peut suffire de glisser un mot, ici ou là, qui permette de faire comprendre qu’un préservatif est utilisé. Je me souviens avoir mentionné un préservatif dans ma nouvelle Journée d’une nymphomane (in Osez 20 histoires d’amour… et de sexe) lorsque la narratrice, à la fin du texte, croise un couple d’amoureux avec lequel elle va passer la nuit. Il est alors possible (elle ne le sait pas très bien elle-même) qu’elle tient un préservatif usagé dans sa main. (On va me dire que j’écris des trucs glauques et sales… Certes.) Je ne crois pas avoir mentionné auparavant qu’il en était fait usage, même si le lecteur savait au début du texte que la narratrice en possédait un stock en prévision de sa soirée.
Ce texte-là a été publié début 2013. Depuis, je crois avoir souvent négligé d’évoquer l’utilisation de préservatifs.

Selon les auteurs qui donnaient leur avis sur ce sujet (puisqu’en dehors de ces billets de blog mentionnés plus haut, des discussions ont suivi sur facebook), il y avait notamment l’opinion selon laquelle l’auteur érotique a un rôle à jouer pour que les lecteurs aient conscience qu’il est important d’utiliser un préservatif. À l’opposé de cet avis, je ne crois pas à cette dimension éthique du texte érotique. L’auteur n’est en rien contraint de citer expressément l’usage du préservatif. Ce n’est pas parce qu’une personne va lire un texte érotique où aucune précaution n’est prise qu’elle va se comporter de même dans la réalité. Une fois encore, je pense que l’on confond un peu trop facilement réalité et fiction, que l’on croit beaucoup trop en la perméabilité de l’univers fictionnel, de son rattachement à une histoire vécue.
Un auteur qui narre le suicide d’un personnage est-il tenu de faire vivre ledit personnage pour tenir en vie le lecteur ? Franchement ?

Si j’écris au début de ce texte que je devrais penser plus souvent à l’usage du préservatif dans mes textes, la raison est autre : l’écrit perd en crédibilité, quelque part, si les personnages se comportent comme si les IST n’existaient pas. Or, le monde fictionnel dans lequel évoluent les personnages est généralement réaliste – à défaut d’être (ou d’influencer) le réel.