reine-lectricesCela faisait environ 6 ans que je n’avais pas emprunté de livres à la bibliothèque (pour moi seule, car habituellement les emprunts sont pour les enfants, même s’il m’arrive de lire aussi leurs livres). Comme tous les livres qu’il me reste à lire chez moi sont dans un carton, que je n’ai plus rien à lire (enfin si, deux ou trois livres numériques qui attendront encore un peu), je me suis enfin décidé à réactualiser ma carte de bibliothèque. C’était une bonne idée, vu ce que j’ai emprunté par hasard ce matin et lu immédiatement.

L’auteur, Alan Bennett, m’est inconnu, et c’est tant mieux, car je crois que je sature avec les auteurs que je connais plus ou moins qui attendent avec plus ou moins d’empressement (ou de récriminations) ce que j’aurai à dire de leur livre. Je ne pense plus accepter de SP, du moins pendant un moment, pour cette raison (mis à part l’auteur auquel je viens d’adresser un courriel, mais je crains de regretter cette réponse même si je le mets en garde aussi – peut-être décidera-t-il de ne rien m’envoyer finalement ?) Bref, je ne connais pas l’auteur qui a pourtant publié plusieurs romans traduits en français. La Reine des lectrices est un roman assez court (174 pages dans un petit format) et cela me convient bien : j’ai pris l’habitude de lire des nouvelles, novellas ou romans courts et j’avoue que la perspective de lire 1000 pages me décourage assez. Je suis pourtant une grande lectrice, mais rester enfermée dans un seul livre pendant plusieurs jours ne m’intéresse pas. En ce sens, La Reine des lectrices est parfait.

Surtout, ce qui est parfait, c’est l’humour. Cela fait longtemps que je n’ai pas autant ri en lisant un roman. Et quand je dis rire, c’est vraiment aux éclats. Imaginez la reine d’Angleterre qui tombe par hasard sur un bibliobus, entre pour excuser le bruit causé par ses chiens et ne peut guère faire autrement que d’emprunter un livre pour ne pas laisser croire qu’elle dédaigne le lieu et le chauffeur-bibliothécaire. Cette première expérience avec la littérature n’est pas concluante, mais, puisqu’elle ramène un livre, ne doit-elle pas en emprunter un autre ? Et de fil en aiguille, la lecture gagne la reine, la prend toute entière, la passionne. Son entourage commence à ressentir les néfastes effets de la lecture : la reine joue moins facilement son rôle d’inauguratrice de piscine, n’est plus ponctuelle, se désintéresse ou plutôt ne fait plus mine de s’intéresser aux discours, aux entretiens. Pire, elle pose à tout bout de champ des questions qui déroutent ses interlocuteurs et remarque leur embarras alors qu’auparavant elle ne se souciait guère des réactions d’autrui. Lire, c’est même remettre en question sa propre vie…

Un roman phénoménalement drôle.

La Reine des lectrices, Alan Bennett, éd. Denoël, 2009 (titre original : The Uncommon Reader, roman traduit de l’anglais par Pierre Ménard)