puits-adieux-onettiAprès Le Puits, je viens de lire Les Adieux de Juan Carlos Onetti. Les deux textes sont regroupés dans un seul volume aux éditions 10/18 (le livre semble cependant difficile à trouver actuellement).

Les Adieux épousent le point de vue d’un homme qui tient un bistrot, près d’un hôtel lui même près d’un sanatorium. Il voit passer des vacanciers mais surtout des malades, ceux qui ne s’en sortent pas et ceux qui guérissent. Il lui suffit de regarder ces personnes pour comprendre quel sera leur avenir ou plutôt pour savoir s’il y en aura un. Il s’intéresse à un homme en particulier. Toute cette histoire tourne autour de cet homme qui parle peu, voire pas et qui reçoit des lettres, deux sortes de lettres venant de deux femmes. Et puis les femmes arrivent, l’une après l’autre, puis l’une en même temps que l’autre et l’on devine, avec cet homme derrière le bar, avec l’infirmier, avec une femme de chambre, avec tous ceux qui regardent et qui jugent, quelle pourrait être l’histoire de cet homme malade.

Le lecteur est pris à parti, il ne peut être que du côté de l’homme du bistrot. C’est ce qui est particulièrement réussi dans ce texte, puisque la lecture des dernières pages nous surprend, comme la découverte a surpris l’homme du bistrot. Et puis comme lui, nous pensions déjà savoir alors que tel n’était pas le cas.

La solitude de cet homme malade, n’est-elle pas aussi la manifestation extérieure, visible, de sa propre solitude ? Le temps s’allonge, les actions sont répétitives, la monotonie fait le quotidien de chacun. La visite des femmes comme les fêtes de fin d’année au bistrot sont de rares changements, de rares agréments dans l’immobilisme du temps.

Les Adieux, Juan Carlos Onetti, éd. 10/18