ligne-12-raymond-jeanUn auteur mort récemment dont la bibliographie, assez fournie, s’est réduite à peu de livres encore présents dans le catalogue de l’éditeur… La page « du même auteur » fournit un certain nombre de titres alors que les éditions du Seuil ne proposent plus qu’un ouvrage sur la page de Raymond Jean.

La ligne 12 est un roman qui raconte trois moments de la vie de Medhi. Un trajet en bus après le travail, une visite de « nous » dont on ne connaît pas l’identité, une audience au tribunal. Le premier et le dernier épisode sont directement liés : un incident arrive, le chauffeur du bus, après avoir refusé de laisser Medhi descendre près des logements où il habite (là où il n’y a pas d’arrêt de bus malgré les demandes régulières, parce qu’il n’y a là que des immigrés), alors que le bus est immobilisé dans un embouteillage, fonce dans la voiture de devant. Le chauffeur accuse Medhi, relève son nom et son adresse. Le troisième épisode est son procès, perdu d’avance, on le comprend immédiatement, où « je » est présent. Dans le deuxième épisode, Medhi accueille ce « nous », une jeune femme maghrébine qui vit dans ces logements vétustes, où l’électricité est rare et où les éviers existent tous les trois logements environ – dans lesquels les gens s’entassent, fait visiter les lieux, explique la misère, celle de tous les étrangers venus travailler pour élargir des routes et auxquels on dit qu’ils n’ont qu’à marcher, et le cas particulier de Medhi.

La relation des faits est minutieuse. Chaque geste, regard, chaque évitement dans le bus est relevé. Chaque murmure de contestation ou d’approbation. Le texte tient compte de toutes les petites choses, comme s’il s’agissait d’un procès verbal. Dans la troisième partie, on note des digressions par rapport au procès : des moments hors de la salle d’audience, on est ainsi chez le juge un soir avec sa famille, chez l’avocate qui boit chez elle, assise par terre, avec ses amis,… Un aperçu de la vie de chacun qui présente un contraste avec l’aperçu de la vie de Medhi dans la deuxième partie, mais aussi des ressemblances : il y a chez chacun la même humanité, une aspiration au bonheur, au repos, au bien-être.

La ligne 12, Raymond Jean, éd. du Seuil, coll. Points