sabotage-amoureux-nothombLorsque j’ai emprunté ce livre, la bibliothécaire m’a dit qu’elle avait le dernier roman d’Amélie Nothomb, si cela m’intéressait. Je me fiche complètement à vrai dire de lire un vieux ou un nouveau livre. J’ai décliné la proposition en disant que de toute manière c’était la première fois que je lisais cette auteure alors commencer par l’un ou par l’autre, peu m’importait.

Ce n’est pas tout à fait exact, j’avais lu quelques pages d’un roman d’A. Nothomb, pendant l’été 2001, parce que quelqu’un le lisait, m’avait parlé de l’auteure – et non du livre, de ce qu’elle avait dit dans une interview, et j’avais feuilleté un peu distraitement le livre en question dont je ne me rappelle plus le titre. J’avais lu quelques lignes. Je ne sais plus de quoi cela parlait.

Je me demande parfois si on ne parle pas plus de certains auteurs que du contenu de leurs livres.

Récemment, j’ai vu le film Stupeur et tremblements et puis Tokyo fiancé (d’après Ni d’Eve ni d’Adam). J’ai été suffisamment intriguée pour penser regarder mardi dernier, lors de mon passage à la bibliothèque, s’il n’y avait pas quelques volumes d’Amélie Nothomb. Il devait y en avoir trois. J’ai pris Le sabotage amoureux sans rien en lire, simplement parce que le titre me plaisait.

Après le Japon dans les deux films mentionnés, la Chine. Et surtout, la Chine de 1972 à 1975, avec la ghettoïsation des étrangers, les ventilateurs et des soldats chinois, qui font partie de l’espèce des ridicules. La narratrice est enfant, elle parcourt son monde sur son cheval (perçu comme un vélo par des mécréants) et tombe amoureuse d’une enfant divinement belle, Elena.

J’ai été frappée par plusieurs choses : l’utilisation de quelques termes rares ou du moins recherchés et de citations qui montrent (étalent) une certaine culture, tout cela lié à des phrases courtes, à des répétitions de phrases, à des paragraphes si maigres (une phrase souvent) que c’en est une misère. J’ai été frappé aussi par les métaphores en ajout les unes aux autres, non pas des métaphores filées, où dans un long paragraphe une métaphore trouve un écho à travers d’autres termes. Je parle d’une accumulation de métaphores. L’effet est alors curieux (Un exemple p. 107 : « le corps peut être exactement le contraire – l’outil de toutes les libertés, la marelle de l’âme, le saute-mouton des idées, écrin de virtuosité et de vitesse, seule fenêtre du pauvre cerveau. »). J’ai eu souvent l’impression que l’auteure se regardait écrire, au fond, un peu comme ce personnage d’Elena qui marche à petits pas pour qu’on la regarde davantage. Je dirais la même chose d’une page contenant des anaphores : « la neige », « la neige »,… mais j’ai failli m’y ensevelir à force de voir ce terme (p. 156).

Malgré tout ça, j’ai trouvé le texte très stimulant. Bourré d’ironie. De sarcasmes. De vérités fausses et de vrais mensonges. De désir trouble. Assez dégueulasse aussi : les enfants s’étripent, la guerre est sale, on pisse dans les yaourts des Allemands de l’est et on les couvre de vomi – avant de s’en prendre aux Népalais qui ont pour défaut de ne pas avoir de drapeau rectangulaire. La narratrice, imbue d’elle-même, est terrible avec ses assertions à tout-va. Elle m’a fait sourire cependant. Beaucoup même. Qu’on lise ceci par exemple : « J’étais dégoûtée que l’on portât aux nues une histoire où les bons sentiments tenaient lieu d’imagination. De ce jour, je décrétai que la littérature était un monde pourri. »

Le sabotage amoureux, Amélie Nothomb, éd. Albin Michel (le livre date de 1993)