mendiante-shigatze-ma-jianDans ce livre de format poche, cinq nouvelles ou courts récits de l’auteur chinois Ma Jian sur le Tibet, datant de 1986 (première publication française de 1988) : La femme en bleu, Le sourire du lac du col de Dolm, Le chörten d’or, La mendiante de Shigatze ou le charençon, L’ultime aspersion. Descriptions de paysages de montagnes, de terres rudes où l’on a faim et où un yack peut nous piétiner, mais aussi de mœurs assez étranges pour un visiteur chinois.. Le narrateur est ainsi dans plusieurs récits un étranger chinois venu prendre des photographies de paysages ou de cérémonies auquel on raconte l’histoire de tel ou tel personnage. Ce sont des histoires dures, violentes, cruelles (et pourtant qui ne sont pas jugées telles). Le chörten d’or nous fait penser à un conte, avec sa dimension fantastique. Croyances, superstitions hantent l’esprit des hommes de ces terres. Il y est souvent question de sexualité, et le viol ou l’inceste sont racontés sans état d’âme, sans jugement. Tout au plus le narrateur, dans La mendiante de Shigatze ou le charançon est-il indisposé par l’image du vieil homme qui tête ses doigts à défaut de téter le sein de sa mère – dont il a eu une fille, devenue cette mendiante répugnante que le narrateur a croisé.

C’est pour le moins dépaysant, et je ne parle pas que des hautes montagnes neigeuses, mais bien des pratiques, des rituels, comme les « funérailles célestes » où le corps du mort est démantibulé et jeté aux vautours, mais aussi de la vie quotidienne, du sang que l’on boit, des chairs que l’on embrasse.

La mendiante de Shigatze, Ma Jian, traduit du chinois par Isabelle Bijon, éd. Actes Sude, coll. Babel