Mercure-NothombJ’ai poursuivi ma lecture des romans d’Amélie Nothomb avec Mercure, paru en 1998. C’est le troisième roman que je lis, rappelons qu’il y a eu Le Sabotage amoureux et Robert des noms propres avant celui-là. J’ai l’impression d’avoir commencé par le meilleur ou plutôt qu’aucun de ces deux romans lus depuis n’a réussi à égaler ma première lecture. Mercure n’est certes pas mauvais, j’ai la même impression que lors de ma lecture de Robert des noms propres : le roman est bon, il se lit très bien, très facilement, mais… peut-être un peu trop facilement. Je crois que je préfère que cela accroche un peu, me confronter à quelque chose de particulier, de rare, et là, c’est plus commun.

Parlons cependant de Mercure d’Amélie Nothomb et du titre pour commencer : Mercure, messager, médecin, ce peut-être ce personnage de Françoise, il y a le mercure des thermomètres qui auraient pu refléter le visage d’Hazel, le titre est bien trouvé, même si l’on en donne un peu trop facilement la clé. Je me demandais, en lisant les premières pages, ce que pouvait dire ce titre et je suis un peu déçue que l’on me serve une réponse en toutes lettres au lieu de me laisser deviner.

Ce roman a pour particularité de présenter deux fins. Là encore, comme dans Robert des noms propres, il y a une pirouette finale. La deuxième fin est plus perverse que la première, c’est celle que je préfère : vous connaissez mon aversion pour ce qui est trop lisse et trop gentil.

On trouve dans ce roman une analyse de deux phrases de La Chartreuse de Parme de Stendhal par Hazel et par Françoise qui ne sont pas d’accord sur cette question : Clélie et Fabrice font-ils l’amour ? Clélie perd-elle son pucelage dans la cellule ? Litote, ellipse, un mouvement, aucune résistance, « le plus bel exemple de sous-entendu de toute la littérature »dit Hazel.

Comme Montecristo, comme Fabrice, Hazel est prisonnière ; sa prison est cependant mentale. Françoise devient prisonnière à son tour et c’est elle qui se et la libère, à moins que ce ne soit Le Capitaine qui les libère finalement. Le Capitaine, c’est le barbon de L’École des femmes. Un lieu à l’écart du monde, une scène à huis-clos, tout est théâtral dans ce roman où les dialogues dominent. J’aurais d’ailleurs plutôt vu ce texte sous la forme d’une pièce de théâtre, je pense que cela lui correspondrait mieux.

Il est difficile de cerner les sentiments d’Hazel. Ils sont ambigus : haine, amour, tendresse, gratitude, répugnance. Tout se mêle. Mais c’est comme surjoué, trop théâtralisé, volontairement théâtralisé je dirais, pour que l’on saisisse davantage encore que tout ce roman est du théâtre travesti.

Pas de motif d’ensevelissement sous la neige dans ce roman (rappelez-vous, ce motif était présent dans les deux romans d’A. Nothomb que j’avais lus et je me demandais s’il s’agissait d’une constante), mais on y meurt noyé et rien ne vient faire revivre, à moins qu’Hazel ne soit une réincarnation d’Adèle et que Le Capitaine trouve un successeur en Françoise.

Mercure, Amélie Nothomb, éd. Albin Michel