landru-chaboutéDeuxième BD que je lis de Chabouté que j’apprécie décidément beaucoup !

Après Fables amères, De tous petits riens de Chabouté, publié chez Vents d’Ouest, je viens de lire Henri Désir Landru, publié chez le même éditeur. Il s’agit cette fois d’un grand et épais album. Tout en noir et blanc, avec il semble à mes yeux de profane, une grande maîtrise dans la réalisation des dessins et de ce noir et blanc que je trouve grandiose.

Henri Désir Landru raconte l’histoire du procès de Landru, suite à l’assassinat de plusieurs femmes. Landru, petit escroc, les attirait dans sa maison de campagne sous promesse de mariage pour les détrousser puis les tuer (ou pour les tuer et les détrousser, car on ignore ses motivations profondes). La BD s’ouvre sur le procès, en 1921. Une curieuse entrée en matière puisque l’on voit tout d’abord une mouche en gros plan, une mouche qui volette. On n’est pas loin de se demander à la fin de la BD si Landru n’a pas été comme cette mouche, un insecte que l’on chasse de la main, un insecte qui se prend dans une toile dont il ne peut sortir vivant. Car c’est une histoire particulière que nous raconte Chabouté : celle d’un poilu dans les tranchées qui écrit à sa belle et qui ne sort pas indemne de la boucherie qu’est la première guerre mondiale. Une fois à l’abri, cet homme, en compagnie de cette femme, utiliseront Landru et sa capacité à séduire les femmes, à les endormir par de belles paroles, pour créer un petit scénario dont la première victime est la femme amoureuse, dont la seconde victime est Landru qui ignore ce que devient sa promise – ou qui préfère fermer les yeux, par lâcheté.

Landru, à son procès, nie. Chabouté à partir d’une innocence relative qui pourrait être celle de Landru, reconstitue une histoire, celle d’une manipulation par cet ancien poilu, par le gouvernement français aussi, qui ne veut pas mettre en cause un ancien combattant alors que la guerre a enfin pris fin.

Cette BD est remarquable. Les dessins surtout dont je suis fan, surtout cette barbe pointue de Landru, son profil… mais j’aime aussi beaucoup l’ingéniosité de l’auteur pour créer une histoire plutôt crédible qui expliquerait la négation des accusations. Je trouve tout de même un défaut au déroulement de l’action : les scènes se répètent nécessairement puisque plusieurs femmes « y passent » si je puis dire, mais les images sont redondantes et c’est préjudiciable au rythme de la BD.

Henri Désiré Landru, Christophe Chabouté, éd. Vents d’Ouest