J’aurais dû proposer moi aussi un calendrier de l’Avent, avec une formule particulière : découvrir un extrait d’œuvre littéraire par jour. Mais je viens seulement d’y penser, alors que nous sommes le 5 du mois ; il semble qu’il soit trop tard pour commencer… Vous n’aurez donc qu’un extrait seul, ce jour, un passage que je viens de lire…

Extrait du roman Une Veuve de papier, John Irving, éditions du Seuil, p. 248. Ruth est adulte dans la deuxième partie du roman, elle est devenue écrivain et lit en public le premier chapitre de son dernier roman, intitulé Le matelas pneumatique rouge et bleu. Ce roman (celui de Ruth) est l’histoire d’une amitié, entre Jane et Eleanor, qui commence par de l’hostilité. La fille d’Eleanor a apporté en classe le vibromasseur de sa mère, pour une « leçon de choses ». Le fils de Jane a reproduit chez lui le bruit du vibro, qui hante depuis l’esprit de Jane. C’était un sujet de plaisanterie avec son mari, à présent décédé.

Il s’était écoulé encore cinq années, et pourtant Jane Dash se rappelait l’épisode du godemiché comme si c’était hier. Le démon qui la possédait de confronter Eleanor Hlot avec une imitation quasi parfaite du bruit que faisait son vibromasseur tenait à deux choses  elle mourait d’envie de faire revivre le sens de l’humour de son mari ; et elle savait que si elle ne faisait pas une farce à Eleanor, il faudrait qu’elle la mette dans un roman, ce qui serait pire. Mrs Dash trouvait méprisable de mettre les gens de sa connaissance dans ses romans ; elle y voyait une faillite de l’imagination – un romancier digne de ce nom doit pouvoir inventer des personnages plus intéressants que nature. Mettre Eleanore Holt dans un livre, fût-ce pour la ridiculiser, aurait été trop flatteur.