Je me permets un titre racoleur, parce que le sexe en littérature (à défaut du sexe tout court) est une des rares choses pour lesquelles on lit encore mon blog. Depuis plus d’une semaine, je lis un seul et même livre, dont je vous ai parlé précédemment (avec l’extrait du godemiché) : La Veuve de papier de John Irving. A présent, j’approche de la fin et j’espère le finir complètement avant samedi 10h, heure d’ouverture de la bibliothèque dans laquelle je souhaite le rendre. Je ne vais sans doute pas m’attarder sur ma lecture, vous faire un compte rendu insipide sur la composition du roman (un des traits les plus marquants de ce roman, avec l’abondance de référence à la sexualité). Au lieu de ça, je vous propose un nouvel extrait, mettant en scène une prostituée.

L’histoire se déroule à Amsterdam, dans le quartier chaud. Ruth est accompagné de Wim, un lecteur admiratif qui se branle devant son portrait de 4e de couverture. Ruth cherche une prostituée afin de se documenter pour son prochain roman. Ils en trouvent une qui parle suffisamment anglais pour répondre à ses questions.

– Touche-les toi-même, répondit-il, tandis que la fille se tournait vers Ruth avec un air d’invite.
– Non, merci, dit Ruth. Les seins ne sont pas un miracle, pour moi.
– Ceux-là, si, répondit la fille. Allez, touche-les.
La romancière connaissait peut-être son histoire, mais sa curiosité – sinon autre chose en elle – était stimulée. Elle posa des doigts circonspects sur le sein à portée de sa main. Il était aussi dur qu’un biceps bandé, ou qu’un poing. On aurait dit que la femme avait une balle de base-ball sous la peau (et, en effet, ses seins n’étaient pas plus gros que des balles de base-ball).
La prostituée tapota le V de son slip. « Vous voulez voir ce que j’ai là ? » Déconcerté, le jeune homme jetait à Ruth des regards supliants, mais, cette fois, ce n’était pas la permission de toucher la prostituée qu’il voulait.
– On peut partir, à présent ? demanda-t-il.
Tandis qu’ils descendaient à tâtons l’escalier obscur, Ruth demanda à la fille d’où elle – ou il – était.
– De l’Equateur, répondit-il.

L’extrait se situe à la page 396, dans la deuxième partie du roman, le chapitre est intitulé « Elle n’était pas sa mère, il n’était pas son fils ».