Je n’ai pas beaucoup lu pendant mes vacances en dehors des cinq ou six manuscrits qui sont passés devant mes yeux : j’ai terminé L’Âme du vent, ai lu un recueil de nouvelles dont je viens de vous parler (Benjamin Bin) sur ma liseuse, ai reçu un livre à Noël (Peut-on encore rire de tout ? de Cabu, mais comme il s’agit de dessins de presse, il est donc difficile d’en faire un compte rendu de lecture, je ne vous en parlerai donc pas) et puis j’ai lu à nouveau un livre de Kazuo Ishiguro : Les Vestiges du jour.

Vestiges-jour-IshiguroMa précédente lecture de Kazuo Ishiguro, Quand nous étions orphelins, m’avait beaucoup plu dans sa première partie et bien moins dans la deuxième. Je voulais voir ce qu’il pouvait en être avec un autre texte, d’où ce choix.
J’ai lu des éloges dithyrambiques de ce roman. Je ne les comprends pas. Certes, le roman est bien écrit, mais se délecter de cette écriture-là, de sa pureté, etc., non : je ne considère pas Les Vestiges du jour comme un roman exceptionnel. Bien d’autres écrits que j’ai pu lire ont cette qualité d’écriture. J’ai souvent du mal avec les livres encensés. Qu’ont-ils de si particuliers que d’autres n’ont pas ? En l’occurrence, je pense que bien d’autres livres peuvent se targuer de présenter des qualités semblables. Cela étant dit, il s’agit d’un très bon roman.

Stevens, le majordome s’exprime avec une langue un peu pâteuse dans les premières pages du roman. Beaucoup de circonlocutions. Beaucoup d’hésitations, de demandes d’indulgence auprès d’un lectorat ou d’un auditoire. Ce roman raconte un court voyage de quelques jours et les réminiscences qu’il fait naître. Une vie faite de petites choses, avec la conscience de bien faire son travail, de s’efforcer de faire au mieux son travail, ce qui revêt aux yeux de Stevens la plus grande importance, comme si le sort du monde dépendait du brillant de l’argenterie de la demeure. Il n’est pas loin de le penser d’ailleurs, sans se soucier pourtant de ce qui se trame dans ces réunions entre ambassadeurs et hommes influents. Sans conscience autre que sa conscience professionnelle et son dévouement sans borne à son maître. Même lorsque celui-ci renvoie du personnel avec pour tout raison que les femmes de chambre sont juives et que cela peut gêner certains de ses hôtes. Après la première guerre mondiale, est-ce vraiment le sort du monde qui se joue dans la demeure ? Ces hauts personnages ne sont-ils finalement que des amateurs, voire des pantins manipulés par tel ou tel ? Stevens laisse s’éteindre son père pendant qu’il sert les hôtes, tel qu’il doit le faire, tel qu’un excellent majordome le ferait. Masquer ses sentiments, faire passer son travail avant tout, habiter sa profession et non pas seulement jouer un rôle, ne jamais se relâcher, espérer atteindre l’excellence, ultime motivation de cet homme à présent vieillissant. Tout s’en est allé, sauf lui, et il lui faut apprendre à converser de manière badine pour s’adapter aux mœurs du nouveau maître du domaine, un Américain.

Les Vestiges du jour, Kazuo Ishiguro, éd. Calmann-Lévy (image de couverture non contractuelle, car je ne suis pas parvenue à trouver la couverture du livre que j’ai eu entre les mains)