Maestra-HiltonMaestra de L. S. Hilton, roman traduit et publié dans sa version français par les éditions Robert Laffont dans sa collection La Bête noire, est le premier volet d’une trilogie. A la page 298, après toutes ces péripéties vécues par Judith, je m’attendais à pouvoir « fermer » définitivement mon eBook et non à lire « à suivre ». Cependant, la fin proposée par ce premier volume est satisfaisante, elle ne laisse pas le lecteur en suspens, en attente d’autre chose. C’est une fin « conclusive » (même si cela semble une lapalissade).

On ne s’ennuie pas avec Maestra, c’est sa qualité première. On est emporté par les aventures de Judith, d’abord à Londres, sur la Côte d’Azur, sur un yacht, en Italie, à Genève, à Paris enfin. D’abord petite employée modèle pour les plus importants marchands d’art de Londres, Judith est aussi rapidement, deux soirs par semaine, hôtesse dans un bar pour hommes seuls. L’argent est au cœur du récit. La classe sociale aussi. Comment se fondre dans une classe qui n’est pas la sienne ? est un leitmotiv du personnage. Sentant que quelque chose de pas très clair se trame autour d’un tableau, Judith fouille et… se fait prendre. Elle est congédiée. Heureusement, un riche client du bar l’emmène en virée sur la Côte d’Azur… Lorsque la situation conduit Judith à voir à nouveau ce tableau, à Rome, Judith sait qu’elle tient sa revanche. Un plan se prépare.

Maestra joue sur les registres du polar et du thriller. Il est aussi, et c’est pourquoi je m’y suis tout d’abord intéressée, qualifié d’érotique. Pour moi, ce n’est pas un roman érotique. C’est un roman haletant qui n’hésite pas à faire entrer des scènes de sexe, parenthèses de relaxation lors d’une situation de stress. Les premières pages relatent ainsi une soirée libertine parisienne qui n’a lieu qu’assez loin dans le roman. Pour appâter le lecteur ? Le procédé est semblable à ces épisodes de feuilletons policiers où l’on voit un personnage dans une fâcheuse posture, suivi d’un « quelques heures (ou quelques jours) plus tôt », puis le déroulement chronologique des faits. Judith aime baiser (le terme est utilisé tel quel), elle le fait par plaisir, mais aussi parfois parce que le sexe lui permet de se concilier les bonnes grâces d’un homme avant de lui demander un service. Ces scènes de sexe sont relativement développées, plus que la moyenne, je dirais, quand il s’agit d’un roman qui se classe habituellement dans les « polars » ou les « thrillers ». Mais quelques scènes sur un ensemble de trois cents pages, alors que l’intrigue n’a clairement rien à voir avec l’érotisme, ne suffit pas à qualifier le roman d’érotique, selon moi.

Le sujet du roman, c’est d’abord l’argent. Il y a d’abord le vagabondage de Judith  jusqu’au moment où elle amasse suffisamment d’argent, pour quelques temps du moins, sur un compte suisse. Puis le roman prend une inflexion : elle devine ce qui se trame autour du tableau sur lequel elle avait des doutes. Et c’est le début d’un enchaînement de meurtres, avec la cavale qui va avec. Entre deux meurtres, il y a la respectabilité à Paris, l’ouverture d’une galerie personnelle. Mais son passé la rattrape et il est si facile de tuer pour s’épargner les problèmes…

Dans ce roman, j’ai rencontré quelques imprécisions, quelques petites invraisemblances. On ne comprend pas toujours les motivations du personnage principal qui a très rapidement la gâchette facile (à moins qu’elle ne trouve une autre façon de tuer). J’ai été assez surprise du tour pris par le roman dans ses cent dernières pages, je m’attendais à moins d’effusion de sang, à une vengeance concernant son ancien employeur notamment qui aurait surtout lieu d’un point de vue professionnel. Elle croise ce dernier dans l’épilogue : il ne fait pas partie des invités huppés, elle si. Tient-elle là son ultime vengeance ou cette rencontre n’est-elle que le prémisse à d’autres aventures narrées dans un deuxième tome ?

Je n’ai pas vraiment perçu l’intérêt du découpage en différentes parties « dehors » ou « dedans ». Le découpage en chapitres me semble suffire amplement. La composition du roman est surprenante, Maestra part dans un sens, en change subitement, il ne semble pas avoir de ligne directrice, le roman semble dériver un temps vers une vie de vagabondage, vers une observation des mœurs des gens friqués, et puis subitement, le cap est ressaisi et tout prend forme.

Au final, une lecture intéressante et assez captivante.

Maestra, L. S. Hilton, éd. Robert Laffont, coll. La Bête noire, 12,99€