jukebox-motelJukebox Motel est un roman diablement bon, que j’ai eu énormément de plaisir à lire. Ce qui m’a attiré, avant même de consulter le pitch de ce livre, c’est la couverture où figure une « carte du tendre ». Pas celle de Madeleine de Scudéry : il s’agit d’une carte propre au roman, avec ses lieux, ses imaginaires, ses moments clés, ses souvenirs. Une carte que l’on voit dans sa totalité sur le site du roman : http://www.jukeboxmotel.fr/

Sous la carte, la très visible annonce « le secret le mieux gardé de Johnny Cash » . La musique, les chansons et leurs paroles sont omniprésentes dans ce roman. Joan compose des chansons lorsqu’elle rencontre Thomas. C’est Johnny Cash qui demande, le jour où il croise Thomas, de lui trouver un « diable d’endroit » , « loin du cirque » , un lieu où se poser, se ressourcer. Ce lieu, c’est Jukebox Motel. Ils sont nombreux à y passer, Jimi, Elvis, pour ne citer qu’eux.

« C’était peut-être ça, le Jukebox Motel : un lieu par lequel chacun accédait à sa vérité. » (p. 179/196)

On peut saisir le roman par cette accroche. On peut aussi le prendre à bras le corps à travers d’autres thèmes : la quête, le déracinement et l’enracinement, « l’indamour » (forme d’amour définie par Joan – et Thomas bien qu’il accepte plus qu’il n’élabore ses règles) : amour et indépendance mêlés. Cet « indamour », c’est celui de Joan et Thomas, mais cela peut aussi se lire comme celui des parents pour le fils qui renonce à la terre et fait son « débarquement », même si cette in-dépendance est tragique. On peut relever d’autres motifs : la propriété, la hantise du passé, la séparation. L’amitié, la violence, le talent, la solitude…
Et puis il y a Big Man, le marchand d’art, le commanditaire de tableaux peints par Thomas alias Robert Fury.

Jukebox Motel est parsemé de lettres

(J’ouvre une parenthèse pour en citer un passage : « C’est étrange. Pour la première fois, je ne peux rien t’écrire de plus vrai et c’est comme si je te mentais, comme si le mensonge était la seule vérité présentable. »)

et de textes de chansons. Le roman possède même sa bande originale.  Bonne idée d’avoir ainsi constitué ce site Internet sur l’univers du roman.

Enfin, je citerai un dernier attrait du roman, qui est linguistique : les langues qui se côtoient et jouent à « saute-moton » (j’ai bien écrit « moton » sans u). Le français (ou plutôt le québecois) et l’anglais américain, des termes que l’on nomme « faux-amis » qui donnent une nouvelle dimension, un sens supplémentaire au sens admis dans une des deux langues. Thomas a comme une révélation : les mots ne sont pas innocents, ils induisent d’autres significations, d’autres émotions. Pain et pain. Et puis tant d’autres.

Jukebox Motel est sorti en ce mois de mars 2016 en version papier et numérique. Il s’agit du premier roman de Tom Graffin.

Jukebox Motel, Tom Graffin, éd. JC Lattès, 18€ pour le format papier.