Blues-Marcel-RabarinRoman des éditions Nelson District dont j’ai lu tout récemment le Gwendoline arrête de fumer ! de Martine Roffinella, Blues – Un si joli village de Marcel Rabarin a été publié il y a bientôt deux ans. Un livre auquel je n’avais pas prêté attention jusque là, mais qui méritait d’être découvert.

Dans un petit village d’Auvergne, les journalistes guettent le scoop, interrogent les habitants. Deux jeunes filles découvertes mortes en peu de temps, cela fait des vagues… Malgré ce climat de roman policier instauré dès les premières pages, c’est davantage vers la vie d’un couple que l’auteur se focalise. Rémi et Laurence, vingt-cinq ans de bonheur, et soudain Julien qui réapparaît après tant d’années passées à vagabonder ici ou là. Rémi se métamorphose : il devient suspicieux, jaloux, haineux. Eric, le frère adoptif de Julien, simple d’esprit mais force de la nature, aurait-il quelque chose à voir avec la mort d’une des deux jeunes filles ? Serait-il un second Lennie (du roman Des souris et des hommes de Steinbeck), qui ne voulait pas faire mal mais qui tue, malgré lui ? Est-ce sa rancœur contre Julien qui orientent les soupçons de Rémi vers lui ?

Ce ne sont que dans les dernières pages, alors que des langues se délient enfin, que l’on revient véritablement sur la mort des jeunes filles. Et le fin mot de l’histoire est véritablement sordide, à l’image de ces cadavres putréfiés que l’on déterre. Tous ces secrets enfouis depuis si longtemps, ces chantages à répétition, ce mutisme malsain et ces pauvres victimes… La fin du roman crée une atmosphère très différente de ce qui précède. Je trouve cette fin un peu brusquée, mais elle était nécessaire.

Le véritable intérêt du roman ne tient en réalité pas en la résolution des crimes, en l’arrestation des différents protagonistes de ce vaste trafic d’êtres humains.
Il s’agit de l’amour inconditionnel pour les vieilles pierres, pour la collégiale que Rémi fait visiter lorsque Madeleine, titulaire de ce droit, le lui permet. L’enthousiasme de Rémi lorsqu’il explique, nomme précisément. Hélas, sa culture n’épate que les professeurs d’histoire de la région et sa famille préfère les récits de voyage et les anecdotes exotiques de Julien…
Il s’agit aussi de la vie d’un village avec ses haines sourdes, le racisme, les regards envieux, les paroles méchantes, l’attitude hautaine de la Comtesse, la tentative d’assimilation d’un Kurde – ou même de ce couple venu de Lozère qui après tant d’années comprend qu’il vaut mieux quitter et le village et l’écomusée si patiemment construit. La bêtise, l’entêtement, la volonté de bien faire, la volonté de protéger autrui. Tout ce qui anime les uns et les autres. Le sujet premier de ce roman, c’est le village lui-même et ses habitants.
Ce sont aussi (et surtout) les états d’âme de Rémi, son amour pour Laurence, son incompréhension, ses ruminations, sa soudaine violence, sa peur de perdre sa femme et tout ce qu’il a construit, toute sa vie en somme.

Blues – Un si joli village est une lecture particulièrement intéressante. J’ai quelques réserves sur le titre choisi, sur la fin aussi qui me chiffonne un peu, mais le roman est très bon.

Blues – Un si joli village, Marcel Rabarin, éd. Nelson District