Tu n'as rien à craindre de moiJ’ai reçu hier une grande enveloppe cartonnée contre signature adressée à ChocolatCannelle (heureusement figurait aussi mon nom officiel). Je me demandais ce que cela pouvait être. J’ai eu la surprise de découvrir la BD Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar, auteur du Chat du rabbin (que je pense lire depuis longtemps, il faut absolument que je prenne les BD à la bibliothèque !). J’avais émis le souhait, il y a quelques jours, de la recevoir, sans m’attendre à une telle célérité.

Ce qui m’avait attiré dans cette BD, c’est n’est guère l’aspect graphique, bien que la première de couverture soit plutôt réussie dans ce domaine, avec le visage lumineux de « Mireille Darc » (ainsi est-elle surnommée) et la silhouette en retrait de Seabearstein (rocher de phoque ?). Beaucoup de dessins présentent des personnages aux contours curieusement dessinés, comme vus à travers le prisme d’une bouteille, à l’instar de ces premières planches où sont comparées des bouteilles de vodka. La bouteille réapparaît d’ailleurs en fin de BD.

La BD présente d’autres points d’intérêt, bien supérieurs, en ce qui me concerne : le fait qu’il s’agisse de l’histoire d’un couple, avec des paroles du couple, des paroles sur le couple (notamment des propos échangés entre « Mireille Darc » et Protéine, son amie), le fait qu’il s’agisse de sexualité et de représentation de la sexualité (ou plus simplement en général de la « chatte » (également nommée « velléité » selon les personnages) de « Mireille Darc ») à travers l’œuvre picturale de Seabearstein, peintre.

Le corps de « Mireille Darc » y est vu sous toutes les coutures ou presque. C’est pour l’art, mais aussi par voyeurisme pour Seabearstein qui ne réussit pas toujours à se contrôler devant son modèle et son « origine du monde ».

Des paroles graves y côtoient des paroles badines. Il y a un fort degré de réalisme, ou plutôt de vraisemblance, dans ces conversations, même quand c’est du n’importe quoi – les propos de Protéine sont fameux ! –, ce que je considère comme le point fort de cette BD.

Tu n’as rien à craindre de moi, c’est, sur cent pages, la vie pleine de tendresse d’un couple, avec quelques petits coups de gueule sans importance, et son après, quand tout est fini (et recommence). Cette fin du couple est le passage qui m’a semblé le plus difficilement crédible, parce qu’il est soudain, incompréhensible. Mais de la part de celui qui reste, n’est-ce pas souvent incompréhensible ? « Mireille Darc » l’exprime ainsi : « Je m’en vais car je ne suis pas un personnage. Je sais que tu ne vas pas me comprendre. »

Tu n’as rien à craindre de moi, Joann Sfar, éd. Rue de Sèvres, histoire complète, 18€ (parution le 27 avril 2016)