Les-HugoSomme sur la famille de Victor Hugo, parents, parrain (et possible père), son frère qui est fou, lui-même, sa femme, ses cinq enfants et leur descendance, Les Hugo ne se lit pas sans écorcher ses croyances sur le grand homme. Car Victor Hugo a forgé sa légende, travestissant la réalité, cachant certains faits connus, taisant ce qui le dérangeait. Victor Hugo, père et grand-père aimant ? Les Hugo, rédigé d’après la nombreuse correspondance de la famille, les journaux intimes, et autres documents divers, le représente plutôt comme un patriarche égoïste, qui tient sa famille sous contrôle. Son père pourrait être l’amant de sa mère, il a lui-même été l’amant de la femme aimée par son fils Charles. Il est adepte du spiritisme et organise des séances à Guernesay. Son fils premier-né, Léopold, nourri au lait de chèvre, meurt à trois mois, si tôt oublié qu’il semble se réincarner en Léopoldine (il est d’ailleurs souvent omis par les biographes des hugoliens). Victor Hugo peine à laisser partir Léopoldine, objet des Contemplations, tant il recule son accord pour son mariage. Il excuse difficilement cet abandon, cette traîtrise. Et ne va certainement pas se recueillir sur sa tombe, « demain, dès l’aube » comme nous l’apprenons tous à l’école… Adèle, folle ? Elle est plutôt d’un caractère indépendant et fuit l’oppression du « goum », de la tribu Hugo. Cela ne plaît pas, assurément : alors que le moindre billet, le moindre menu, est conservé, qu’un amas de documents existent sur la vie des Hugo, les lettres qu’Adèle adresse à sa famille sont détruites…

Dans cette biographie, Victor Hugo est vivement égratigné sur le plan personnel. Son engagement politique aussi, puisqu’il fait souvent volte-face. Il discourt sur des idéaux, mais ne prend pas de risques. Son exil au bord de l’océan nourrit l’image qu’il donne. Il est un des premiers auteurs soucieux de communication, il est un fin stratège lorsqu’il commande l’édition des Misérables dans une version plus populaire après la première grande édition.

Je n’ai pas lu tout le volume, de plus de quatre cents pages, car ce qui m’intéressait, c’était le personnage de Victor Hugo, je me suis donc arrêtée à la vie de ses enfants, après avoir lu la sienne et celle de ses parents. C’est un livre assez dérangeant, parce que l’illusion Hugo est si bien entretenue, il fait figure de héros national, d’être supérieur. Alors qu’il n’est sans doute devenu que celui qu’il voulait faire croire qu’il était.

Les Hugo, Henri Gourdin, éd. Grasset, 22 €, existe aussi en version numérique