trottoirsJean-Luc Manet m’avait proposé de lire son dernier texte publié aux éditions in8, Trottoirs, mais j’avais pour une fois envie d’acquérir le livre. « L’objet n’est pas vilain » m’avait dit l’auteur, et je trouve qu’en effet c’est un bel objet.

Trottoirs fait partie de la veine noire de Jean-Luc Manet, comme le titre que j’avais précédemment lu, Haine 7. On est très loin des nouvelles érotiques espiègles des Honneurs de Sophie

Dans ce texte, le narrateur, Romain, est un SDF qui se balade au gré des rues de Paris, dans le métro, qui fait la manche et qui, sans rechercher expressément les contacts humains, n’est pas contre un peu de compagnie, quelques paroles, parfois. Dans la rue, il connaît un peu tout le monde, celle qui tapine et lui fait signe, Yuliya, et d’autres SDF. Est-ce parce que Yuliya lui a permis de prendre une douche chez elle qu’il est tabassé et, elle, conduite de force dans une voiture ? Ça et d’autres faits plus inquiétants encore : des clochards se font tabasser et tuer. Brûler vif même. Un nettoyage des rues, ni plus ni moins. Romain, dont le banc se trouve face au commissariat de police, saurait-il quelque chose ?

L’intérêt le plus évident de cette novella, c’est bien sûr dans cette histoire de meurtres, la plus ou moins enquête en douce de Romain, qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du récit. Mais il y a davantage, la précision des détails, l’immersion dans le monde de Romain : la narration du quotidien, la bière achetée, les dents qui font mal, les jours creux et les jours fastes, le kit douche-rasoir offert, le fait de pouvoir s’asseoir dans un bar, les souvenirs qui collent à la mémoire.

Trottoirs, Jean-Luc Manet, éd. in8, coll. Polaroïd, 12 €