Ainsi-vont-les-fillesD’Agatha Christie, j’ai lu quantité de romans. De son pseudonyme Mary Westmacott, un seul tout récemment : L’if et la rose. Je viens d’en lire un deuxième, publié comme le premier aux éditions Le livre de poche : Ainsi vont les filles. Roman lu cet après-midi avec grand plaisir, comme le précédent.

Ce roman est composé de trois parties. La première relate l’amour naissant d’Ann et de Richard, l’hésitation amoureuse de la fille d’Ann, Sarah et de Gere, la confrontation de Sarah et de Richard, le temps des disputes incessantes et du sacrifice qu’Ann se sent obligée de consentir pour sa fille qu’elle a tant gâtée. La deuxième partie est le temps des frivolités : Ann ne peut rester une minute sans compagnie, sans sortir, elle s’étourdit. Sarah l’imite. Leur vie est superficielle, aucune n’est heureuse mais elles donnent le change auprès de ceux qui ne les connaissent pas suffisamment. La troisième partie est le temps de la vérité, des paroles que l’on jette au visage de l’autre, la fin de la haine pour que puisse venir la réconciliation.

Les personnages sont excessifs, du moins Ann et Sarah. La vieille Edith, servante bougon qui prédit toujours le pire, est attachée à ces deux femmes, elle est une figure stable. Mieux encore, dans ce rôle, l’amie d’Ann, marraine de Sarah, dame Laure, qui ne donne peu de conseils (tout au plus quelques mises en garde), qui souhaiterait que chacun se découvre seul et se comprenne. C’est enfin ce qu’il advient à la fin du roman, pour Sarah qui renonce à sa vie malheureuse et luxueuse, ainsi que pour Ann qui s’apaise, passe enfin une soirée chez elle, dans le calme, devant un plateau repas préparé par Edith.

Le roman est rond, plein de ces trois mouvements. Une composition quasi-musicale avec ses tempos différents. L’analyse psychologique est peut-être un peu trop évidente : amour, haine, Sarah qui ne veut voir que ce qu’elle souhaite voir, Ann qui est trop faible pour supporter les disputes et qui cède pour cette raison plus qu’à cause de l’amour étouffant de sa fille… Mais tout est si bien organisé, si bien à sa place, que le roman donne une impression de plénitude, de réel achèvement. La lecture en est d’ailleurs captivante.

Le livre de poche sur son site classe Ainsi vont les filles en « policier/thriller », sans doute pour accompagner le nom d’Agatha Christie qui y figure au-dessus de celui de Mary Westmacott. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit aucunement d’un roman policier mais d’un roman psychologique.

Ainsi vont les filles, Mary Westmacott, éd. Le livre de poche, 6,60€ (existe aussi en format numérique)