Numéro-Zéro-Umberto-EcoOn ne peut pas trop s’occuper de culture, nos lecteurs ne lisent pas de livres, à la rigueur La Gazzetta dello Sport. Mais je suis d’accord, le journal se doit d’avoir une page, je ne dis pas culturelle, mais plutôt culture et spectacle, et sous forme d’interview. L’interview avec l’auteur est apaisante car aucun écrivain ne dit du mal de son livre, donc notre lecteur ne se sent pas au centre d’un règlement de comptes. Ensuite, tout dépend des questions, il ne faut pas trop parler du livre mais faire ressortir la personnalité de l’écrivain, homme ou femme, jusqu’à ses tics et ses faiblesses. Mademoiselle Fresia, vous avez une certaine expérience des courriers du cœur. Songez à une interview, évidemment imaginaire, avec un des auteurs en compétition, si c’est une histoire d’amour arrachez à l’auteur, homme ou femme, une évocation de son premier amour, et pourquoi pas, quelques petites méchancetés sur ses rivaux. Faites de ce maudit livre une chose humaine, que même la ménagère pourrait comprendre, ainsi n’aura-t-elle pas de remords si, après, elle ne le lit pas – et d’ailleurs, qui lit des livres dont les journaux font la recension, en général même pas celui qui l’a écrite, c’est déjà bien si l’auteur l’a lu, et pour certains livres, parfois on s’interroge.

Numéro Zéro, Umberto Eco, éd. Le livre de poche, p. 78