aux-petits-mots-les-grands-remèdesLe bibliothérapeute soigne les maux avec des mots, des références de livres qu’il conseille de lire à ses patients. Telle est la profession d’Alex, qui écoute, lit et suggère des lectures à un jeune homme, Yann, qui ne peut plus parler après un accident de voiture, un footballeur qui ne sait plus ce qu’il souhaite vivre, une homme accaparé par son travail. Il faudrait aussi qu’il se soigne lui-même car Mélanie a quitté leur domicile et il ne se remet pas de cette séparation.

Ce livre est pour les amoureux des livres, car je vois mal un lecteur occasionnel ne pas s’irriter devant toutes les références de livres qui sont fournies. Alex cite en permanence des textes. Son quotidien est jalonné de livres. Pour ma part, j’ai été un peu irritée, non pas à cause des références de livres, mais à cause des notes de bas de pages que je trouve trop nombreuses. Nous expliquer que Vingt ans après est la suite des Trois Mousquetaires, que l’ensemble des romans de Balzac constitue La Comédie humaine, ce ne serait pas trop ? Il y a des explications dont l’auteur aurait pu se passer, le lecteur n’est pas nécessairement un si grand ignorant.

J’ai été frappée, dans Aux petits mots les grands remèdes, par le parallèle que l’on peut faire entre Alex / sa mère universitaire dont il parle sans cesse / Mélanie et l’autre trio Yann / sa mère qui le protège au point de l’étouffer / la fille à qui il adresse une lettre. Sauf que c’est Yann qui a la gueule cassée pour ce deuxième trio, et Mélanie dans le premier (en toute fin de roman). Yann serait-il un double antinomique, l’opposé d’Alex ? Yann caustique, qui parle sans filtre, un patient qui devient un fardeau pour Alex. Et puis Alex qui ne parle qu’à travers le filtre de l’écrit, qui répond souvent des paroles toutes faites, des lapalissades. Et quand il écrit une lettre, il la garde comme marque-page…

Le rapport à la mère n’est jamais soigné. Il semble anecdotique par rapport à l’ensemble du roman (Alex doit reconquérir Mélanie, c’est le but ultime, et le roman se clôt sur un possible du couple), il en est pourtant au cœur. La propriétaire du logement d’Alex n’est-elle pas tyrannique comme le serait une mère ? Elle espionne Alex comme la mère de Yann le fait avec son fils. L’ancienne femme de ménage chez qui Alex passe le déjeuner de Noël est une mère de substitution, une mère aimante qui ne pose pas trop de questions, qui n’empiète pas sur l’espace privé de son fils. Je pense que les personnages sont de manière générale un peu trop caricaturaux. Les mères surtout. Alex s’acharne à faire le portrait de sa mère, il ajoute quelques touches au tableau tout au long du roman.

Les livres guérissent-ils les gens ? Ils permettent aux personnages de faire un parallèle entre leur vie et ces vies de papier (vie de personnage au premier degré versus vie de personnage au 2nd degré), mais chacun doit se prendre en main. Le pouvoir des livres est relatif.

Aux petits mots les grands remèdes est un roman qui se laisse lire. Ce n’est pas un roman qui émerveille, je n’ai que modérément aimé, mais je ne l’ai pas trouvé désagréable non plus.

Aux petits mots les grands remèdes, Michaël Uras, éditions Préludes, à paraître le 1er septembre 2016