Un-Fauteuil-sur-la-SeineJ’ai adoré lire Un Fauteuil sur la Seine d’Amin Maalouf, publié en mars dernier aux éditions Grasset. J’avais déjà lu quelques livres de l’auteur, Les Échelles du Levant, Le Rocher de Tanios et Léon l’Africain. Rien de très récent. Et j’ignorais qu’il était membre de l’Académie française, élu au 29e siège après la mort de Claude Lévi-Strauss.

Dans Un Fauteuil sur la Seine, c’est l’histoire de tous les occupants de ce siège qu’il raconte, chapitre après chapitre -tous portant un titre commençant par « celui qui »- depuis le XVIIe siècle jusqu’à son dernier prédécesseur. Certains sont assez ou très connus (citons par exemple Philippe Quinault qui a écrit des livrets pour Lully, Claude Bernard qui a révolutionné la médecine, Ernest Renan qui a entrepris des travaux de recherche sur le christianisme), d’autres très peu – seulement des spécialistes de leur discipline parfois. Tous font l’objet d’un récit que l’on lit d’un égale intérêt.

Laissez-moi évoquer une anecdote personnelle : quand j’étais enfant, j’ai eu une institutrice qui nous racontait l’histoire plus qu’elle nous donnait des leçons d’histoire. L’Histoire avec un grand H était donc une histoire comme les autres, elle parlait, on l’écoutait raconter, feuilletant quelquefois un manuel en quête d’une illustration, mais c’était tout. Je ne me souviens à vrai dire pas d’avoir écrit une leçon d’histoire pendant deux ans, peut-être était-ce le cas tout de même, mais le souvenir que je garde est celui des contes sur des personnages, des manières de vivre. C’est à cette institutrice que j’ai pensé quand j’ai lu Un Fauteuil sur la Seine, parce que j’ai « écouté » Amin Maalouf avec un même bonheur.

L’auteur a tout simplement un réel talent de conteur. Tout y est narré avec simplicité, on connaît après chaque chapitre une partie de la vie des hommes qui ont siégé sous la Coupole (du moins depuis que l’Académie se réunit en son lieu actuel), mais aussi les querelles littéraires ou politiques qui ont précédé ou suivi son élection, son œuvre, grandiose ou quasi-inexistante, ses rapports avec les autres académiciens et l’éloge (ou discours censé être un éloge) de son successeur.

Dans un précédent livre des éditions Grasset que j’avais lu, Correspondance indiscrète, il avait été question de Montherlant (par rapport à sa pudibonderie, le fait que son coming-out ait tardé, etc.) J’ai lu grâce à Un Fauteuil sur la Seine une partie de son discours d’intronisation à l’Académie, et j’avoue qu’il me tente désormais beaucoup de lire cet auteur, tant j’ai apprécié cet extrait. (Dès que je le pourrai, je lirai son théâtre, sans aucun doute.)

Tout au long de ma lecture, je racontais à mon mari et à mes enfants parfois de qui il avait été question lors des pages précédentes, ce qu’il en avait été dit, quelles étaient les anecdotes écrites à son sujet. Je crois que ce livre, Un Fauteuil sur la Seine, est une sorte de vecteur de connaissance, on peut s’amuser à son tour à raconter la vie d’un tel ou d’un tel. C’est aisé car ce que l’on lit reste facilement gravé dans notre esprit.

Pour conclure, mais vous l’aurez déjà compris : il s’agit d’une lecture que je recommande vivement.

Un Fauteuil sur la Seine, Quatre siècles d’histoire de France, Amin Maalouf, éd. Grasset, 336 pages et 20€ le livre papier, existe aussi en version numérique