Ensemble-contre-gynophobieGynophobie ? Un néologisme ? Mais pour dire quoi ?

Le mot « misogynie » existe, certes, mais comment désigner sous un terme unique la raison pour laquelle des violences sont exercées contre les femmes, parce qu’elles sont des femmes ? Ici ou là, près de nous ou dans des contrées lointaines. Car les violences existent, terribles, quand on ne permet pas aux filles d’aller à l’école, quand elles subissent une excision, quand la vie des femmes n’est que souffrance, soumission au père puis au mari, un mari qui n’est pas choisi, que l’on impose, que l’on doit parfois épouser avant la puberté, qui viole un corps d’enfant. Le texte le plus poignant de ce recueil, c’est le témoignage de Marie Darrieussecq sur les femmes éthiopiennes qui souffrent de fistule à cause de mauvais traitements, de pénétrations alors qu’elles étaient trop jeunes, suivi d’accouchements difficiles, qui urinent et défèquent sur elles, qui sont vouées à vivre à l’écart de tous, que personne ne veut plus approcher. Ce témoignage est aussi, heureusement, plein d’espoir, parce que cela peut changer, parce qu’une opération est possible, parce qu’un avenir est possible pour ces femmes…

Certaines situations, certaines vies (mais est-ce vivre?) sont tellement horribles qu’on pourrait juger bénin d’autres violences, dans une société comme la nôtre, mais rien n’est à négliger : toute blague sexiste, toute condescendance parce que c’est une femme qui prend la parole, toute forme de harcèlement, est une violence à l’encontre d’une femme parce qu’elle est une femme. Et ces formes de violence, si courantes, doivent être nommées, dénoncées, pour pouvoir enfin les faire cesser. Ce qui n’a pas de nom n’a aucune chance d’être compris et condamné.

Ensemble contre la gynophobie est une association qui a un site Internet (http://www.nogynophobie.org/) et qui souhaite mettre en place un observatoire des violences faites aux femmes. Ce livre, Ensemble contre la gynophobie, publié aux éditions Stock, condense témoignages et interviews de différentes personnalités, qui expliquent en quoi ce terme de gynophobie est nécessaire, ce qu’il leur évoque. On y trouve des textes de Lisa Azuelos (préface et conclusion. La préface, qui évoque une anecdote en passant, celle des repas de famille où les hommes parlent de choses importantes tandis que les femmes se taisent sur ces sujets, ne peut que faire réfléchir à notre quotidien. En tout cas, cet exemple me parle grandement, quand je me représente les repas de famille…), Marie Darrieussecq, Delphine Horvilleur, Jacques Attali, Marie Donzel (avec un texte intitulé « Dans le monde économique, le choix des mots, l’oubli des maux ? », Loubna Abidar (actrice marocaine), Amma (extrait d’un discours prononcé lors de la rencontre annuelle du mouvement Initiative des femmes pour la paix mondiale, en Inde, en 2008), Mariette Darrigrand (la gynophobie, d’un point de vue sémantique, sémiologique), Yves Deloison (Comment un homme se construit-il ? Récit d’une éducation… Pourquoi un homme parlerait-il des violences faites aux femmes ? Il s’en explique.), Lydia Guirous, Marlène Schiappa (qui questionne sur le viol : qui sont les violeurs?), Isabelle Steyer (« L’institution judiciaire relativise et banalise la gravité de la situation. »), Clarence Rodriguez (Madeha l’indomptable, extrait de son livre Révolution sous le voile), Samuel Benchetrit, et de nouveau Marie Darrieussecq (à propos de la fistule, précédemment évoquée), ainsi que des dessins de Plantu.

Des témoignages à lire, pour remettre ses idées en place, pour interroger son comportement, parce que nous avons un rôle à jouer, qui que nous soyons.

Ensemble contre la gynophobie, éd. Stock, 16€ en version papier, 11,99€ en version numérique