orangeraie-tremblay-folioL’orangeraie de Larry Tremblay est un roman poignant et beau, émouvant aussi.

Ahmed et Aziz sont jumeaux. Un obus vient de tuer leurs grands-parents. De l’autre côté de la montagne, il y a l’ennemi, « des chiens », qu’il faut tuer avant qu’ils ne tuent. Pour cela, il y a une ceinture d’explosifs. Halim est ainsi devenu un martyr. Mais vient le tour d’Ahmed et d’Aziz. Le père doit choisir l’un de ses fils pour qu’il se fasse exploser dans un camp militaire (du moins est-ce ce que dit Soulayed, un chef que tout le monde craint).

Le roman est composé de trois parties : Ahmed (la vie de la famille jusqu’au « martyr » d’un des frères), Aziz (celui des deux frères qui vit encore a vingt ans, il évoque son passé, la lâcheté, le mensonge, la mort du frère, ce meurtrier), Sony (le rôle joué par Ahmed-Aziz dans une pièce de théâtre qui a pour sujet la guerre).

Ahmed-Aziz (autant le dénommer ainsi puisque son frère vit en lui après sa mort, l’habite) entend quantité de voix dans sa tête, comme autrefois son frère malade en entendait. La dernière partie réconcilie ces voix, celle de son frère parle à travers lui, lorsqu’il évoque la guerre non plus en récitant le texte de la pièce de théâtre qu’il joue, mais en relatant la blessure de son enfance et à travers elle toutes les blessures et les morts infligées par la guerre. Le discours tend à l’universel, s’adresse à chaque spectateur.

Le thème de la tromperie, de la dissimulation, est au cœur même du récit : un frère se fait passer pour l’autre, avec la complicité de la mère, pour tromper le père, pour que l’un des deux survive, l’autre étant condamné par la maladie. La tromperie, c’est aussi faire croire qu’on a du courage, alors que l’on se sert de l’occasion fournie pour se dérober à son « devoir ». La tromperie, c’est d’avoir laissé son frère penser qu’il en aurait été autrement si son incurabilité avait été connue. Chacun ment, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, mais comment faire la différence, et y a-t-il de bonnes raisons ? On apprend dans la deuxième partie que la tromperie allait au-delà encore, que toute l’opération kamikaze était basée sur un mensonge. La vérité se rétablit cependant : le poids du mensonge est trop lourd à porter pour Ahmed-Aziz, et l’oncle, bien plus tard, renseigné son neveu sur les circonstances de la mort du frère.

Larry Tremblay, auteur québécois, a obtenu plusieurs prix pour ce roman, L’orangeraie, dont le prix des libraires du Québec. Réédité en France par Folio, ce livre m’a été adressé par la maison d’édition, grâce à un partenariat avec Livraddict ; merci à tous deux.

L’orangeraie, Larry Tremblay, éd. Folio