Cet après-midi, je suis tombée sur un appel à textes consacré à de la « poésie BDSM ». Vous connaissez sans doute dans ce domaine les très beaux poèmes de Miriam Blaylock. Mais en dehors de ces poèmes ?

Un tel appel à textes pour de la poésie, voilà qui est inattendu. L’idée – et le thème – me plaisent bien. Un tel livre ne doit pas être simple à vendre, ensuite, mais c’est un autre problème.

Peut-on écrire de la poésie BDSM ? Figurez-vous que je m’y suis essayé cet après-midi, devant un bout de papier, un crayon en main. Si écrire des nouvelles ne passe que par l’ordinateur, la poésie pour moi a besoin d’être raturée à coups de crayon. J’ai donc compté les syllabes et composé un sonnet en alexandrins, de facture classique (deux quatrains, deux tercets, rimes ABBA – ABBA – CCD – EED), avec césure à l’hémistiche – diable ! Vous allez me dire que vous n’avez pas entendu ces termes depuis le bac de français ! –  et tentative de chute inattendue (un peu potache, la mienne, je n’ai pas pu m’en empêcher). Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne suis pas Baudelaire, mon poème n’est pas très inspiré (hum hum, on sent la fille qui compte sur ses doigts et force la rime), mais l’exercice était amusant à pratiquer. Voici l’œuvre (j’aurais presque pu mettre une majuscule) :

La vacance
(sonnet impertinent)

Je la vis, craintive, visage et cils baissés.
La belle agenouillée, les cheveux décoiffés,
Au sol à ses côtés a laissé ses effets :
Noir jupon, fins talons, bas résille et corset.

Nue, frissonnante et blême, elle pourrait dire « assez ! »,
Mais ses lèvres se taisent. Lui, songe à son forfait,
Caresse ses épaules, ménage ses effets :
Enfin, elle est domptée et attend sa fessée.

Impatiente, elle entend, de son adoré maître
L’ordre de se lever ― pourrait-il la lui mettre ?
Dos rond, elle se courbe ; les fesses sont saillantes.

Premières gifles reçues, de chaudes larmes coulent ;
Elle sent monter en elle un plaisir, une houle ;
C’est si fort ! C’est si bon… malgré la pine absente.

appel à textes poésie BDSMEh bien ? Ce poème fait, titre et sous titre compris, 702 signes (espaces comprises). Que demande l’AT ? 1 500 à  5 000 signes. Diable bis ! Comment écrire un poème si long ? Ce serait l’équivalent a minima de deux sonnets et quelques mots !

Si une telle longueur est dans vos cordes, les consignes de cet appel à textes « poésie BDSM » se trouvent ICI. Il s’agit d’un appel à textes pour la collection Indécence des éditions L’ivre-Book, collection dont je n’ai jamais rien lu, et par laquelle  je ne suis pour l’instant pas tentée, tant je crains l’engouement récent pour les écrits « BDSM » et donc la production de masse qui en découle. Avec la poésie, cela me semble différent, hors des sentiers battus. Je regarderai donc avec intérêt ce qui en découlera.