Le Bon Air latinLe Bon Air latin est un recueil collectif de membres d’une association, ALLE, c’est à dire Association le Latin dans les littératures européennes.

En 2012, l’association avait déjà publié un volume, intitulé Sans le latin.

Avec la réforme de l’enseignement au collège, le latin, considéré comme une matière élitiste, est montré du doigt et souvent supprimé des options que les élèves peuvent choisir, alors que les heures qui étaient consacrées à cette étude étaient déjà assez réduites. Or, le latin est le fondement même de la langue française, il lui permet de s’enrichir de nouveaux mots, il permet aux locuteurs français de manier leur langue, de la comprendre, de l’articuler en phrases construites pour raisonner, pour argumenter. Se défaire du latin, c’est se défaire de la compréhension de sa propre langue, c’est ne plus pouvoir accéder à tout un pan de la littérature, jusqu’au début du XXe siècle, alors que les auteurs étaient pétris de culture classique.

Les textes de ce recueil souligne l’importance du latin ici et maintenant, pour plus tard tout autant que pour pouvoir encore regarder vers le passé.

Plusieurs auteurs évoquent de manière très personnelle le latin, relatent l’importance du latin dans leur formation

Quelques textes de Le Bon Air latin me semblent un peu trop ciblés, plus adaptés aux actes d’un colloque qu’à une publication presque grand public (je pense par exemple au texte « Pour un nouvel Hercule gaulois » de Mireille Huchon qui s’éloigne à mon sens un peu trop de l’esprit général de ce recueil). Certains textes me semblent par contre devoir tout particulièrement être lus. Citons Alain Bentolila qui évoque dans « La langue française contre la violence et la crédulité » la « vulnérabilité intellectuelle » des « jeunes et moins jeunes », de tous ceux qui sont laissés en marge d’une certaine culture ou du moins d’une relative maîtrise de la langue. Comment peuvent-ils se prémunir des gourous, des leaders d’opinion qui énoncent et dénoncent de manière virulente, ciblent la cause de tous les maux, s’il leur est impossible de percevoir les failles d’un raisonnement, s’ils n’ont pas les mots pour contredire, pour contre-argumenter ? Un extrait de ce texte :

« Comment ne reprendraient-ils pas à leur propre compte la fausse logique qui donne à la succession des allégations habilement avancées par de faux prophètes une apparence d’évidence et de nécessité ? La réfutation des textes ou des discours construits pour endoctriner et diviser suppose que l’on ait été formé au questionnement exigeant. Être capable de vigilance et de résistance à toutes les utilisations perverses du langage, être préparé à mettre en mots précis sa pensée, voilà ce que l’on doit à tous les enfants de ce pays si l’on veut qu’ils contribuent à donner à ce monde un sens honorable. » (p. 105/269)

Le Bon Air latin, Association le Latin dans les langues européennes, sous la direction d’Hubert Aupetit, d’Adeline Desbois-Ientile et de Cécilia Suzzoni, éditions Fayard, 22 € en version papier, existe aussi en version numérique.