Je ne fais pas partie des fans de Harry Potter, je n’ai lu aucun des sept romans de la saga mais ai vu le premier film au cinéma lors de sa sortie ainsi que récemment en DVD en version allemande, Harry Potter und der Stein der Weisen (le titre français diverge étrangement!). Par contre, mon fils aîné a lu un nombre incalculable de fois chaque tome de la série, ma fille et lui ont vu tous les films et ma fille a lu assez récemment le premier roman, Harry Potter à l’école des sorciers. Harry Potter appartient à la littérature enfantine et je ne lis que rarement des livres pour enfants. Je ne lis également jamais ou presque jamais de fantasy.

Harry Potter et l'enfant maudit

Lorsque l’on m’a proposé de chroniquer ce « 8e tome » , Harry Potter et l’enfant maudit, c’est donc en pensant que mes enfants seraient ravis de lire ce volume que j’ai accepté. Je ne pensais guère que l’on me retiendrait pour recevoir un service presse. Cela a été pourtant le cas, et j’en remercie vivement Gilles Paris. Mes enfants encore plus que moi car ils ont poussé des cris de joie en voyant le volume.

Je viens de terminer la lecture de cette pièce de théâtre – car contrairement aux sept tomes précédents, il ne s’agit pas d’un roman -, pressée par mon fils qui voulait commencer la lecture. Un de ses copains avait déjà lu son propre exemplaire alors que je terminais le premier acte. Son avis sur ce livre : « super, même s’il s’agit de théâtre ». Pour ma part, je n’ai pas trouvé le livre « super », mais je reconnais que l’histoire contient suffisamment d’ingrédients pour captiver un jeune lectorat.

Le fait qu’il s’agisse d’une pièce de théâtre me semble assez préjudiciable. Il s’agit d’un récit d’aventure, comprenant de nombreuses scènes, l’histoire se serait mieux prêtée au roman. Je me demande d’ailleurs comment il est possible de mettre en scène cette pièce, tant elle me semble inadaptée au théâtre. Les premières scènes montrent par exemple Harry et Ginny avec leurs trois enfants, au moment du départ pour Poudlard, alors qu’Albus, leur deuxième fils, y fait son entrée, puis la scène est reconduite, mais un an plus tard, alors que les enfants ont grandi (il s’agit donc de nouveaux acteurs), puis encore un an plus tard… Le nombre d’acteurs est démesurément allongé à cause de ces quelques scènes. Parlons aussi de la succession des décors. On n’a pas un décor constant pour un acte, mais un changement de lieu entre des scènes, de multiples changements de lieux dans toute la pièce : la gare, telle salle de Poudlard, telle autre, les toilettes des filles, la rivière, le terrain de Quiddish, la forêt, l’intérieur du train, le dessus du train, la chambre d’Albus dans sa famille, la maison de retraite des sorciers, le cimetière, la maison des Potter, la rue devant la maison des Potter, la cabine téléphonique conduisant au ministère de la magie, le bureau d’Hermione au ministère, le couloir devant le bureau d’Hermione, le bureau de Harry, et j’en oublie bien sûr. Le texte pourrait servir de script au cinéma, mais pour du théâtre, j’imagine avec peine tous les mécanismes qu’il faut mettre en place pour changer autant de décors.

La relation père-fils est au cœur de l’histoire. Albus ne se sent pas bien dans sa peau, il pense n’avoir rien en commun avec son père, il est un piètre élève et il fait partie de la maison de Serpentard. Il veut faire ses preuves, mais va d’échec en échec. Harry est un piètre père, il ne comprend pas son enfant, son travail au ministère de la magie manque de rigueur, il semble fatigué et assez mou. Nous sommes face à des anti-héros. Scorpius Malfroy est l’ami fidèle d’Albus. Peu courageux au départ, avec des répliques qui peuvent faire penser au comportement de Ron une génération plus tôt, il devient l’élément fort de l’histoire, allant jusqu’à sauver Albus. Les personnages d’Albus et de Harry évoluent cependant au cours de la pièce, ils reprennent du poil de la bête et finissent par s’associer pour vaincre l’enfant de Voldemort – dont je ne révélerai pas l’identité ici.

Le texte n’est pas très bon en soi. Le premier acte notamment m’a paru particulièrement lent, avec des répliques inutiles, des paroles qui ne font que répéter un état de fait. La suite est sans doute meilleure, ou alors je me suis habituée à l’écriture.

En somme, un livre très attendu qui ne peut que réjouir les fans, mais si l’on n’en fait pas partie, la pièce de théâtre peut sembler assez maladroite.

Harry Potter et l’enfant maudit, J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne, traduction de Jean-François Ménard, éd. Gallimard jeunesse, 21€