la-fin-du-coupleLe titre La Fin du couple m’avait interpellée lorsque j’ai vu l’eBook disponible sur la plate-forme Netgalley, mais sa lecture m’a été laborieuse. J’en ai lu l’introduction, assez longue, puis me suis arrêtée. J’ai abandonné le livre plusieurs jours. Pourquoi ? Cette lecture m’avait mis mal à l’aise, j’ai trouvé certains éléments énoncés pernicieux et assez pénibles à lire. L’auteure, Marcela Iacub, évoque la solitude contemporaine, le sentiment de solitude alors même que l’on n’est pas toujours réellement seul, et décèle, comme raison de cette solitude, l’intervention de l’État qui a brisé d’anciennes sphères de socialisation, familiales, privées, en isolant les individus les uns des autres, au sein même du couple, en faisant se confronter les uns les autres, en légitimant des accusations (violence, viol, inceste) qui étaient de la sphère privée, en les rendant publiques, en détruisant ainsi le noyau du couple. L’introduction (qui constitue 1/5 du livre environ) est très étendue, elle pose les idées-phare du texte, l’ensemble du livre développe l’argumentation. L’auteure s’appuie sur des chiffres, des pourcentages, des lois et leurs dates, des idées défendues par des écrivains qui reflètent la mentalité propre à une époque (ainsi en est-il d’Anna Karénine et de La Sonate à Kreutzer de Tolstoï).

Au XIXe siècle, on passe du mariage de raison au mariage d’amour, avec la différenciation de la sexualité dans le mariage (le « bon sexe ») par opposition à la sexualité hors mariage (le « mauvais sexe ») ; cette situation évolue dans le courant du XIXe siècle et surtout au XXe siècle, avec une définition différente de cette opposition : le « bon sexe » est celui qui est consenti par opposition à celui qui ne l’est pas. Les droits évoluent, il est question de paternité, d’enfants naturels, de reconnaissance de filiation, etc. Ce qui me choque, et c’est pourquoi j’ai suspendu ma lecture, cette opinion m’étant abjecte, c’est cette idée selon laquelle l’ingérence de l’État dans la sphère privée est toute négative. Certes, l’État peut être autoritaire, détruire des libertés, ne devrait pas s’insinuer dans la sphère privée, je peux comprendre et cautionner cette opinion, mais sans autres instances capables de préserver des individus, faut-il déplorer que ces individus soient préservés par l’État, faut-il préférer qu’ils ne le soient pas comme le texte nous inciterait quasiment à le penser ?

La lecture de La Fin du couple m’a ainsi répugnée par moments, mais j’ai été encouragée de continuer grâce à la notice du livre, qui évoquait une « solution » ainsi décrite : « l’auteur prône le remplacement du couple par des unions multiples et sans cohabitation ainsi que l’instauration par l’État d’un minimum sexuel – alors que l’éducation des enfants serait prise en charge par la collectivité. Si aujourd’hui le sexe est ce qui nous sépare et nous confronte les uns aux autres, il pourrait devenir le socle le plus précieux du lien social et de la construction d’une société égalitaire et solidaire grâce à une sexualité qui ne serait plus égoïste mais philanthropique. »

Après une deuxième pose dans ma lecture, j’ai donc repris cet essai en main. Après une partie consacrée à la filiation, au maternage, à l’échange économique dans le couple où la femme se retire du monde professionnel et vend à l’homme le fait de pouvoir être père (certains propos me semblent discutables, certaines déductions aussi car elles peuvent être dues à des généralisations, mais on peut suivre l’argumentation et la comprendre), une partie est consacrée au viol, à sa définition, et notamment au viol conjugal (et j’ai eu beaucoup de difficultés à suivre cette lecture tant les propos me semblaient malsains).

Ce n’est que la dernière partie du livre qui est consacrée à cette « solution » que j’évoquais plus haut. Il s’agit en fait de l’analyse de deux propositions, celle de William Reich dans son livre La Révolution sexuelle et celle de Charles Fourier. A ce sujet, peut-être serait-il bon de se tourner vers le livre Vers la liberté en amour. J’avais lu dans un livre portant sur les utopies américaines l’évocation de cette liberté sexuelle mise en pratique dans certaines communautés, mais ne me suis pas encore confrontée au texte lui-même. Si La Fin du couple m’a permis quelque chose, c’est de me rappeler qu’il serait bon de lire ça de plus près.

La Fin du couple, Marcela Iacub, éd. Stock, 17€