téléphone roseS’il y a un fantasme qui reste présent à mon esprit, c’est celui de devenir la fille au téléphone, celle qui décroche langoureusement le combiné (c’est un fantasme, je vous dis, inutile de rétorquer que l’on ne décroche plus un combiné de nos jours) et susurre à l’oreille de son correspondant « je suis Diane, je suis là pour toi, de quoi as-tu envie ? » (Diane, pourquoi pas, j’aime bien ce nom de déesse, et je l’ai réellement trouvé sur un site vantant les mérites du téléphone rose ).

dianeJe serais donc Diane (celle-là même, sur la photo), négligemment allongée, comme il se doit, sur un sofa aux coussins moelleux. Je porterais une serviette blanche enroulée autour de moi, juste assez large pour couvrir ma poitrine et mes fesses – et encore faudrait-il que je ne m’étire pas, ne fasse pas remonter la serviette plus haut sur mes cuisses. J’aurais bien entendu les ongles parfaitement vernis. (Avoir des ongles parfaitement vernis tient aussi du fantasme, je dois l’avouer…) J’oserais des mots tendres pour un parfait inconnu, des mots tendres que je juge habituellement vulgaires : « mon chou », « bébé »… C’est ainsi que je nommerais un homme au bout du fil, prêt à se branler. Je serais un peu honteuse d’user de tels vocables (non pas « branler » mais ces petits mots tendres si stupides) ; seulement, cette honte même nourrirait mon plaisir, car je prendrais du plaisir, j’en suis certaine, à être celle que j’imaginerais être.

Je serais un ange de douceur, voix suave, peau d’albâtre, cheveux blonds jusqu’au creux des reins, un canon de beauté, et offrirais un contraste jubilatoire avec la voix pressée et rude de l’individu qui me demanderait de le faire gicler. Je développerais un scénario où je le sucerais à l’arrière d’une voiture, la jupe retroussée et le collant descendu aux genoux pour lui laisser contempler mon cul si blanc sur lequel il porterait la main ou me ferais sodomiser dans un bois, haletante, grimaçant de douleur mais tenant à jouer mon rôle jusqu’au bout, la joue contre l’écorce rugueuse d’un arbre, à quelques pas d’un chemin de randonnée. Tout en demeurant à certains égards, paradoxalement, ingénue : ce serait la première fois de cette façon, dans un tel lieu, est-ce bien raisonnable, et pourtant c’est si bon, j’aime ça, oh oui (comment prononcer ce « oh oui » pour qu’il ne semble pas issu d’un enregistrement de porno amateur ?) mais c’est mal (« J’espère seulement que c’est convenable. Tant de choses agréables ne le sont pas ! » dit-on dans Les Dames de Cranford – pas à propos de sexe tout de même), je ne devrais pas, je crains que… et si on nous voyait ?

La mise en mots d’une expérience érotique, la mise en mots oralement, j’entends, parce qu’à l’écrit, c’est facile, ou du moins cela m’est facile, est du ressort du fantasme, car je ne maîtrise pas l’oralité, les mots ne viennent pas facilement à ma bouche, c’est au bout de mes doigts qu’ils accourent. Dans un sens, j’envie les filles du téléphone rose qui réussissent ce tour de force de faire bander grâce aux phrases qu’elles prononcent.

Je me sens en forme, je vais peut-être me mettre à écrire ces prochains jours : il y a un appel à textes qui me tente bien !