hydeJ’ai lu ici ou là des critiques négatives sur ce roman, Hyde, que je viens juste de terminer. On lui reproche notamment son rythme trop lent. Pour ma part, je considère que le tempo est bon, que ces quatre jours à peine qui s’écoulent depuis que Hyde est terré dans le cabinet de Jekyll, redoutant à tout moment une intrusion, avec fracas d’une hache, redoutant et espérant aussi la fin, s’étirent parce que ce sont les dernières heures d’un condamné. Il se remémore donc tout ce qu’il a vécu depuis qu’il est sorti du corps de Jekyll, depuis qu’il est doté d’une existence propre.

Hyde est bien sûr une réécriture de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson. Un texte que j’ai lu il y a si longtemps que son souvenir était ténu. Après relecture d’un résumé détaillé de ce texte, je peux dire que Hyde reste très proche du texte initial, les événements principaux sont conservés. Mais il existe aussi un développement propre. Hyde raconte les événements tel qu’il les perçoit. Et il n’est pas la manifestation de l’âme mauvaise, il peut d’ailleurs faire preuve de tendresse. On le calomnie, on se moque de lui, on le persécute. Qui ? Hyde, cache-toi. C’est le type de lettres qu’il reçoit, jouant avec le sens de son nom. Il se sent épié, il essaie de fuir et de protéger Jekyll. C’est d’ailleurs ce qu’il a toujours fait. Il est né dans l’esprit de Jekyll dans son enfance, alors que Jekyll subissait les mauvais traitements de son père, pour endosser la souffrance, à l’instar du patient que Jekyll traitait à Paris, sur lequel il a testé ses poudres et ses injections… La trame de ce roman est plus ramifiée que celle de la nouvelle de Stevenson. L’enfance, la relation au père, les femmes, la prostituion, un réseau d’enlèvement de jeunes filles, les bars glauques, l’errance… Beaucoup de thèmes et de motifs récurrents qui enrichissent le texte.

Le roman fait près de 400 pages sur ma liseuse. Je n’ai absolument pas trouvé le temps long et mon intérêt n’a pas décru jusqu’à la fin du livre. Au contraire, l’auteur a réussi à envelopper cette histoire de mystères, une ambiance étrange et inquiétante en émerge. Hyde est un roman très appréciable.

Un petit mot sur la couverture : un personnage qui émerge d’un autre, cette couleur rouge sang… Cette couverture me semble très réussie.

Hyde, Daniel Levine, traduit de l’américain par Anne Rabinovitch, éd. Fayard, 22€ en format papier, existe aussi en version numérique