Le piège du vinHier, je lisais un guide humoristique sur l’art de converser et de se faire mousser en société alors même qu’on est ignare (L’Art de pipoter de Benjamin Fabre, aux éd. Tut-tut – label des éd. Leduc.s : suivre le lien pour une démonstration en vidéo). Un passage attendu a trait au vin. En société, un esthète doit étaler ses connaissances sur le vin. Il y a d’abord la gestuelle, facile à imiter. Puis les mots (p.25) :

N’essayez pas de parler la langue officielle (« boisé », « corsé », « harmonique »), vous allez vous vautrer à tous les coups. Choisissez plutôt des adjectifs décalés, « humble », « féminin », voire absents du dictionnaire, « punaiseux », « accordéonique »… Vous avez vu tellement de pinards dans votre vie que vous avez développé votre propre vocabulaire. La classe.

Ou comment sortir du piège que constitue le vin avec un peu d’imagination.

Deux titres lus récemment, proposant une variation sur « le piège du vin », me viennent à l’esprit. Le Connaisseur, nouvelle de Roald Dahl, est basé sur une devinette proposé par un hôte à son invité, fin connaisseur en vin. Plus qu’une devinette ludique, c’est une épreuve que l’hôte entend remporter, quels qu’en soient les enjeux. Il faut que son invité ne réussisse pas à identifier le vin servi. C’est une compétition. Ce piège du vin fait ressortir les défauts les plus malsains de l’hôte, mais aussi ceux de l’invité…

L’autre titre, c’est Emma ou les aventures d’une jeune frivole. Lors du pique-nique (le roman suit les principales péripéties d’Emma de Jane Austen), Frank Churchill, qui travaille sur le vignoble de ses tuteurs, en Australie, se ridiculise en jugeant un vin assez médiocre alors même qu’il s’agit du vin de leur propre domaine. Il vantait ses connaissances, or il n’a même pas reconnu le vin des Churchill. Il croit qu’il s’agit d’un piège tendu par Emma et se brouille avec elle. Là encore, le piège du vin fait ressortir tous les plus noirs aspects d’une personnalité…