La Grande Ménagerie d'Howard JacobsonJ’ai découvert Howard Jacobson il y a peu, grâce à l’envoi de son dernier roman, Pour faire l’amour, par les éditions Calmann-Lévy. J’avais adoré ce roman. J’ai donc naturellement cherché à en lire un autre. D’où l’achat d’occasion de La Grande Ménagerie (Zoo time pour son titre d’origine).

Je préfère Pour faire l’amour, pour sa finesse dans l’analyse des ressentis. Mais La Grande Ménagerie est un excellent roman. Il est très drôle, à tel point que je devais sembler bizarre, à lire dans ma voiture arrêtée sur un parking, en train d’éclater de rire devant tel ou tel passage du roman.

Guy est écrivain. Il est marié à Vanessa qui essaie d’écrire, mais que la présence de Guy « empêche » d’écrire. Le couple est sans cesse en discorde, mais cela semble leur mode de fonctionnement habituel, leur moteur, et même le moteur de Guy pour écrire. A cela s’ajoute Poppy, la mère de Vanessa. Elles semblent deux sœurs. Guy est attiré par Poppy, fantasme sur une relation avec sa belle-mère, voire une relation à trois. Cela aussi est un moteur pour écrire. Mais écrire, quand on n’a pas ou plus de lecteurs, quand son éditeur se suicide, quand son agent disparaît, quand au final tout va mal pour la littérature – car il ne s’agit pas d’un cas isolé, les lecteurs n’existent plus – cela rime à quoi ? et écrire quoi, sur quoi ? Seul un clochard, dans la rue, sosie d’Hemingway, semble posséder la foi en griffonnant dans ses carnets sans se préoccuper du monde.

Un petit extrait, p.170 :

C’est une règle de la profession : les romanciers ne couchent pas avec le femmes ou les maris de leurs confrères. La raison étant que l’on ne donne pas à un romancier concurrent matière à un livre.
S’ils veulent écrire sur la jalousie sexuelle, il n’est pas question que ce soit grâce à vous.
Et dans le cas d’un confrère romancier qui n’est pas un concurrent ?
La question est trop simpliste pour mériter une réponse. Un confrère romancier qui n’est pas concurrent, cela n’existe pas.

De l’humour potache, de l’humour caustique, des idées qui passent du coq à l’âne, une construction romanesque très souple, voilà en quelques mots ce que j’ai apprécié dans La Grande Ménagerie. J’ai été certes légèrement déçue au départ par la superficialité du propos, en comparaison avec le roman que j’avais lu précédemment, mais c’est cette superficialité, cette façon de prendre à la légère, avec dérision, des sujets sur le thème du livre, de leurs auteurs, qui m’a finalement énormément plu.

Ce ne sera pas le dernier livre d’Howard Jacobson que je lirai, c’est certain !

La Grande Ménagerie, Howard Jacobson, traduit de l’anglais par Pascal Loubet, éd. Calmann-Lévy, 21,90€