Les Pierres couchées est le premier roman de Jacques Vandroux que je lis. Ce ne sera pas le dernier puisque plusieurs eBooks m’attendant sur ma liseuse et que j’achèterai sans doute le prochain roman à paraître, début juin, Projet Anastasis.

Les Pierres couchées de Jacques VandrouxMon mari m’avait parlé de l’auteur, parce qu’il est un collègue de son épouse. Mais j’avoue que je me méfie beaucoup des auteurs qui connaissent le succès. Est-ce que ce n’est pas parce que l’on caresse le lecteur dans le sens du poil ? Est-ce que ce n’est pas parce qu’on sort des mièvreries ? De plus, même si je lis parfois des romans auto-édités, j’ai aussi toujours une certaine appréhension. Il y a parfois du bon, mais aussi beaucoup de mauvais (cela dit, ce n’est pas toujours un gage de qualité d’être édité dans une maison). Un auteur qui a du succès, c’était aussi exaspérant. C’est bien pour l’auteur, tant mieux pour lui, mais quand on galère, on aimerait bien ne pas avoir de point de comparaison sous les yeux. Vu le travail que je menais pour essayer de faire connaître de très bons textes – j’étais directrice de collection, comme vous le savez, mais je m’occupais aussi des relations avec les blogueurs, des réseaux sociaux, de toute la promotion – et vu le peu de résultat que cela donnait en terme de ventes, c’était réellement exaspérant. Bref, je n’avais à ce moment-là pas retenu le nom de l’auteur et j’étais vite passée à un autre sujet de conversation pour ne pas déprimer. Sauf que j’ai vu l’auteur et sa femme, à l’occasion d’un voyage, il y a un an et demi environ, sans savoir initialement que c’était eux. Non seulement je les ai trouvés sympathiques, mais en plus, ils n’avaient pas la grosse tête, n’ont pas évoqué leur succès, n’ont même pas parlé de leurs propres livres (j’utilise un pluriel parce que je parle de l’auteur et de son épouse, celle-ci jouant un grand rôle en assurant les aspects techniques). Un auteur qui ne parle même pas de ses livres, qui ne se met pas en avant, ça existe ? Incroyable.

J’ai commencé il y a peu à regarder de plus près la bibliographie de l’auteur. Je lis peu de thrillers, mais depuis quelque temps, je diversifie davantage mes lectures (en témoigne la lecture d’un roman de fantasy). Et puis je n’ai plus à m’inquiéter de la promotion de textes depuis que je n’assume plus aucune fonction dans aucune maison d’édition, plus à comparer mes maigres résultats avec ceux d’autrui : mine de rien, cela m’a libérée. Il y a quelques mois à peine, j’ai pensé acheter un livre de Jacques Vandroux, pour essayer, puis j’ai été prise par d’autres choses et j’ai laissé l’idée de côté. Enfin, la réédition récente de ses titres aux éditions Robert Laffont a fait tilt, parce que les nouvelles couvertures sont très belles (je trouve qu’elles en jettent, elles sont vraiment réussies). J’ai profité d’une promotion sur cette réédition, etc. Voilà pour le (long) préambule.

Je viens de lire Les Pierres couchées. Et j’ai beaucoup aimé.

Ce qui est marquant dans ce roman, c’est le rythme. Les Pierres couchées fait plus de 600 pages sur ma liseuse. On pourrait s’attendre à des coups de mou sur une telle longueur. Or, ce n’est pas le cas, le texte est enlevé, il n’y a pas de temps morts, les péripéties s’enchaînent, le lecteur n’éprouve pas un instant d’ennui. C’est un thriller – bien conduit, avec une tension constante -, mais aussi un  roman d’action, un roman ésotérique, une enquête policière, des histoires d’amitié avec des personnages qui sortent de l’ordinaire (et à la fois un personnage tout à fait ordinaire, Philippe, le personnage principal, qui n’était pas préparé à vivre ces événements), des événements surtout qui sortent de l’ordinaire (il faut accepter la présence du surnaturel, le fait que certaines personnes ont des dons, peuvent communiquer par l’esprit par exemple). C’est aussi un récit de voyage, parce que les personnages enquêtent à Paris, à Grenoble (et dire que je ne suis encore jamais allée dans l’église St-Laurent !), en Martinique, souvent en Bretagne. Le récit est trépidant, on ne peut lâcher le roman tant on souhaite connaître la suite  – hier, il me restait à peine cent pages à lire et ma liseuse s’est trouvée déchargée alors que j’avais l’occasion de lire au soleil, c’était rageant !

Les Pierres couchées m’a fait un penser à une série de romans de Luober (auteur auto-édité d’ailleurs), Erwan Bucklefeet, ces histoires avec un médium breton, une secte, une organisation qui souhaite contrôler le monde… La comparaison s’arrête là, Les Pierres couchées s’oriente davantage vers un roman d’action, avec des assassinats, des massacres, beaucoup de sang, des personnages qui manient aussi bien armes blanches qu’armes à feu. Je m’étonnais avec Erwan Bucklefeet d’apprécier un roman ésotérique, je ne m’en étonne donc plus à présent, le genre semble me plaire. La dimension religieuse un peu moins, mais celle-ci est surtout présente en fin de roman. J’ai apprécié les recherches historiques, l’ambiance studieuse et les vieux livres du personnage fantasque du vicomte, les récits à l’intérieur du récit – et notamment la narration des recherches historiques effectuées par tel ou tel personnage. Les Pierres couchées est appréciable, parce qu’il comporte plusieurs facettes : c’est un roman riche. Et puis, il est bon, tout simplement.

Les Pierres couchées, Jacques Vandroux, éd. Robert Laffont, en format numérique 3,99€