Au cœur du solstice de Jacques VandrouxTroisième roman de Jacques Vandroux que je lis après Les Pierres couchées et Multiplication, Au cœur du solstice est un polar / thriller réédité – comme les opus que je viens de citer – aux éditions Robert Laffont. Le prochain que je lirai, ce sera Projet Anastasis puisque je viens d’avoir l’accord de l’éditeur pour pouvoir le télécharger via Netgalley.

Si je poursuis mes lectures de l’œuvre de l’auteur, c’est bien évidemment parce que je l’apprécie. Au cœur du solstice est un peu moins copieux que Les Pierres couchées mais tout aussi attractif.

Moins de voyages dans Au cœur du solstice, mais un attrait supplémentaire pour moi car toute l’aventure se déroule sur Grenoble et ses environs (St-Martin d’Uriage, à proximité de Notre Dame de la Salette – sorte de Lourdes local -, Villard-de-Lans…). Sur Grenoble même, il est question de la Bastille, de la place du tribunal (ou plutôt l’ex-tribunal), du musée de l’ancien Évêché, de l’église Saint-Laurent (déjà mentionnée dans Les Pierres couchées), de la collégiale St-André, du jardin de ville… Il est rare que je situe, visualise les lieux d’un roman. Cela m’était plus ou moins déjà arrivé avec Femmes secrètes d’Ania Oz avec la ville de Nancy. Je trouve l’expérience intéressante.

Deux meurtres sont commis. A chaque fois, il s’agit d’une jeune femme à laquelle le cœur a été ôté. Au moment de chaque enlèvement, Julien a une vision. Idem au moment du meurtre. Le capitaine Nadia Barka prend au sérieux les propos de Julien, qui prouve qu’il n’est en rien mythomane. Au cœur du solstice est un polar avec une dimension surnaturelle. Julien est « guidé » par une femme morte trente ans plus tôt, tuée elle aussi par ce chirurgien qui se repaît du cœur de ses victimes… A quel rituel ce monstre obéit-il ? Le capitaine Barka a l’intuition que l’histoire précolombienne peut lui être utile pour l’expliciter.

Je fais une brève parenthèse sur l’intuition : dans ce roman, il est plusieurs fois mentionné « l’intuition féminine ». C’est une expression qui m’agace, c’est un cliché que j’aurais apprécié ne pas rencontrer. Parenthèse fermée.

Je ne donne que quelques grandes lignes de l’histoire, pour ne pas trop en révéler d’une part et parce qu’il y a, d’autre part, un foisonnement de personnages et d’histoires annexes (sur la filiation de Julien, sur une enquête qui a profondément marqué le capitaine Barka, sur le mystérieux Monsieur Ibrahim et son influence sur de jeunes caïds,…) qui apportent une grande richesse à ce roman. Tout et tous n’ont pas la même importance, mais chaque élément concourt à étoffer le récit.

Parmi ces « histoires annexes » comme je les ai nommées, il y a une histoire d’amour entre Julien et Sophie – dont je n’ai pas parlé, disons qu’il s’agit d’une collègue de Julien, pour ne pas en dire trop sur ce personnage – qui se justifie grandement pour la progressions du récit et lors du dénouement. Une autre histoire d’amour se tisse, entre Nadia (le capitaine Barka) et un de ses collègues. Je me suis demandé si cette histoire d’amour-là n’était pas de trop. Il y a une révélation soudaine de cet amour chez l’équipier, qui me dérange un peu dans son traitement. Cet amour est-il nécessaire à l’histoire ? Je ne le crois pas. Celle-ci apparaît-elle dans une volonté d’équilibrer l’horreur, la folie meurtrière, grâce à un happy end total ? Mais faut-il vraiment que tous les problèmes soient absolument résolus – y compris ceux de la solitude de Nadia ? Que tout respire la sérénité ? Je suis tentée de croire que le genre du thriller (j’ai parlé de polar précédemment, mais la tension devient rapidement telle que le terme de thriller est plus adapté) autoriserait une fin qui ne soit pas parfaitement harmonieuse.

Cependant, que ce questionnement personnel sur un détail ne vous éloigne pas du principal : ce roman est haletant, conduit avec habileté, terriblement efficace. Un livre que l’on ne veut pas lâcher sans en connaître la fin. Au cœur du solstice m’a particulièrement plu, si bien que je ne saurais dire lequel j’ai préféré : celui-ci ou Les Pierres couchées ? L’un et l’autre sont en tout cas de très bons romans que je vous conseille de lire.

Ajoutons un mot sur la couverture : elle exerce un réel attrait. Le pentacle représenté sur le blouson n’apparaît pas dans le récit, mais il permet de définir une caractéristique du roman (la présence du surnaturel).

Au cœur du solstice, Jacques Vandroux, éd. Robert Laffont, 3,99€